Mesurant plus de six pieds, bâti comme un athlète, Michel Gravel, longtemps photographe à La Presse, est mort il y a quelques jours.

Jacques Benoit Jacques Benoit
Journaliste retraité de La Presse

Beaucoup de photographes de presse ont l’habitude de prendre de multiples photos, par souci de sécurité, ce qui leur permet, pour ainsi dire, d’assurer leurs arrières. Michel Gravel fonctionnait de façon très différente.

Toujours très calme, jamais pressé, il n’en prenait que quelques-unes… mais les bonnes. En ce sens qu’il avait l’œil, qu’il comprenait ce qu’il se passait, et que, d’un seul regard, il trouvait l’angle, la situation qui parlaient, qui racontaient l’évènement.

C’était, pour le dire en un mot, un grand photographe de presse.

Cette économie de moyens qu’il montrait dans le travail, il l’affichait également dans sa vie. Malgré la longueur de ses jambes, il conduisait ainsi une petite voiture… et il gardait ses voitures de nombreuses années.

Même économie dans sa démarche, chaloupée, posée.

Autrefois journaliste à La Presse, j’ai couvert de nombreux évènements avec lui. Comme beaucoup de journalistes, j’étais souvent énervé, stressé même, pressé d’arriver sur les lieux… et Michel, au volant de sa petite auto, m’incitait au calme.

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Michel Gravel en 1989

« Benoit, calme-toi. On va arriver », disait-il de sa belle voix grave, sans accélérer.

Amateur de vin, il goûtait particulièrement les reportages sur le vin. Nous avons ainsi fait, ensemble, il y a bien longtemps (1981), quatre reportages sur les premiers vrais vignerons québécois.

Comme photographe, il a touché à tout et – comme le rappelait quelqu’un il y a quelques jours – il a même posé les pieds au Viêtnam, pendant la guerre qu’y menaient les Américains, pour le compte de La Presse.

Pour une raison et des évènements que j’ai oubliés, Michel, qui en était fier, parlait aussi bien l’anglais que le français.

À quelqu’un qu’il s’apprêtait à photographier, il disait, à la blague : « Don’t be grouille », sourire aux lèvres, pince-sans-rire.

Nous étions amis et, pendant plusieurs années, Michel et sa femme Julie, le critique de cinéma de La Presse Serge Dussault, maintenant décédé, et sa femme Hélène, et enfin ma conjointe Michelle et moi-même, nous nous recevions à manger à tour de rôle.

Si les vins étaient servis à l’aveugle, Michel, pour avoir une idée de l’identité de ceux-ci, s’autorisait à toucher les bouteilles sur lesquelles on glissait une chaussette pour en masquer l’étiquette.

Depuis quelques années, il avait des problèmes de mémoire (il est mort octogénaire), mais avait près de lui, en la personne de sa femme Julie Deschênes, un soutien constant. Julie, autrefois secrétaire de la section photo de La Presse.

Cher Michel, on ne t’oublie pas, on ne t’oubliera pas.