Il y a 100 ans, une découverte canadienne a changé le monde. En 1921, Frederick Banting et Charles Best, avec le soutien de John Macleod puis de James Collip, ont amorcé à l’Université de Toronto leur série d’expériences qui ont mené, en moins d’un an, aux premières injections d’extraits de pancréas purifiés afin de traiter des enfants atteints de diabète de type 1.

André Carpentier André Carpentier
Professeur à la faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke*

Grâce aux travaux de toute une série de chercheurs à travers le monde, Banting, Best, Macleod et Collip en étaient venus à comprendre comment isoler puis administrer cet élément mystérieux issu des îlots du pancréas, qu’on savait manquant chez ces patients. Cette hormone, qu’on a par la suite nommé « insuline » (du mot « insulaire »), a rapidement corrigé les terribles symptômes du diabète de type 1 et sauvé d’une mort certaine d’abord Leonard Thompson, le premier enfant traité, puis des centaines d’autres patients traités par les équipes de Toronto.

Un triomphe de la science !

Avec en prime une commercialisation et une distribution en quelques années à peine de l’insuline à travers le monde, et le prix Nobel de médecine en 1923 pour Banting et Macleod (qu’ils ont respectivement partagé avec Best et Collip).

Avant l’insuline, le diabète de type 1, une maladie surgissant surtout chez les enfants et les adolescents, était la promesse d’une mort lente et atroce échelonnée sur plusieurs semaines ou mois.

Avant l’insuline, le seul traitement disponible afin de ralentir l’inévitable déclin de la santé des malades était la restriction des aliments riches en sucres et en calories. Les enfants, constamment affamés par la maladie et la diète stricte, perdaient progressivement du poids, jusqu’à ne conserver que la peau et les os, et mouraient généralement d’acidose diabétique, terrible fin décrite par les médecins de l’époque comme une « suffocation interne », ou d’une infection, habituellement une pneumonie.

Cette découverte extraordinaire fut un baume pour l’humanité. Depuis 100 ans, l’insuline a sauvé plus de gens à travers le monde que tous les grands conflits armés en ont tués. Des millions de personnes s’administrent quotidiennement cette hormone, transformant une maladie mortelle en une maladie chronique, et s’offrent ainsi l’espoir d’une vie pleine et entière.

L’insuline n’a pas guéri le diabète. Les personnes vivant avec le diabète sont contraintes aux exigences de tous les instants de ce traitement, et subissent les complications chroniques du diabète, encore beaucoup trop fréquentes et ravageuses. Au Canada, plus de 3 millions de personnes sont diabétiques, un nombre en constante progression comme partout ailleurs dans le monde. L’impact négatif de cette maladie sur notre santé collective ne cesse malheureusement de croître, en grande partie à cause de notre environnement collectif peu propice aux bonnes habitudes de vie et au vieillissement de notre population.

Mais la découverte de l’insuline inspire encore les chercheurs à travers le monde, dont ceux nombreux œuvrant dans le domaine du diabète au Québec, à poursuivre leurs efforts afin d’améliorer la vie des personnes vivant avec cette maladie et, ultimement, d’éliminer ce fléau.

La découverte de l’insuline a été réalisée à la fin de la pandémie la plus meurtrière de l’ère moderne, la grippe espagnole.

Un an après le début de la pandémie qui nous afflige présentement, nous assistons maintenant à un autre triomphe de la science avec le développement rapide de vaccins efficaces contre la COVID-19, offert grâce au progrès continu de la science. Ayons une pensée pour Banting, Best, Macleod, Collip et tous les autres chercheurs avant eux qui, malgré les moyens limités de leur époque, nous ont offert le miracle qu’est l’insuline. Et célébrons la recherche, qui est encore et toujours aujourd’hui une source d’espoir pour l’humanité !

* André Carpentier est directeur sortant du réseau de recherche sur la santé cardiométabolique, le diabète et l’obésité des Fonds de recherche Québec-Santé ; directeur du Centre de recherche du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke, Chaire de recherche du Canada sur l’imagerie moléculaire du diabète.