La deuxième vague de COVID-19 nous frappe de plein fouet. La contamination se répand, les unités de soins intensifs se remplissent, et des confinements ont à nouveau été instaurés. La vaccination de masse est clairement la voie pour endiguer la pandémie, mais nous n’en sortirons pas avant au moins six mois au Canada.

Sarah Addleman, Nancy Delagrave, raymond tellier, kevin hedges et david fisman
Respectivement professeure adjointe, physicienne, microbiologiste médical, doctorant et épidémiologiste, et plus de 400 cosignataires*

En attendant, afin de limiter la propagation de la maladie, il est impératif de reconnaître qu’elle se transmet de façon aérienne. Les gouvernements fédéral et provinciaux doivent communiquer ce fait à toute la population, en particulier dans les milieux de travail et dans le réseau scolaire. Ils doivent aussi solliciter les experts de plusieurs disciplines pour mieux comprendre ce mode de transmission et apprendre à mieux le combattre.

Près d’un an après le début de la pandémie, il est bien démontré que le SRAS-CoV-2, le virus qui cause la COVID-19, se propage dans l’air par la voie des aérosols, des particules microscopiques générées en respirant, parlant, criant, chantant et toussant. Les aérosols infectieux se déplacent dans l’air comme la fumée de cigarette. Dans un espace fermé et mal ventilé, ils peuvent rester en suspension de quelques minutes à quelques heures, se déplacer bien au-delà de deux mètres autour de leur émetteur, s’accumuler dans l’air et infecter toute personne qui les aura inhalés.

En novembre, l’Agence de la santé publique du Canada a reconnu que le SRAS-CoV-2 peut se propager par aérosols et a souligné l’importance de la ventilation.

Cependant, les autorités provinciales de la santé publique n’en tiennent toujours pas compte dans leurs communications et leurs recommandations sur la COVID-19.

L’histoire se répète. Dans le rapport de la commission ontarienne sur l’épidémie de SRAS de 2003, il avait été établi que les décideurs avaient omis le principe de précaution en matière de transmission aérienne, mettant la vie des travailleurs de la santé en danger. Nous commettons la même erreur 17 ans plus tard, mais les effets en sont plus graves.

Les travailleurs de la santé subissent des taux élevés d’infection et de décès, notamment dans le secteur des soins de longue durée, car ils y passent des heures en contact étroit avec les résidants, souvent dans des bâtiments surpeuplés et mal ventilés en portant des équipements de protection individuelle (EPI) inadéquats.

Cette situation met en péril la vie non seulement des travailleurs, mais également celle des résidants et des patients.

Cette deuxième vague voit grimper les éclosions en milieu de travail en Ontario et au Québec. Elle frappe de façon démesurée les personnes issues de l’immigration qui occupent des emplois précaires dans des secteurs connaissant un fort taux d’infection.

Les consignes actuelles destinées à minimiser la transmission, comme la distanciation physique, le port du masque et le lavage fréquent des mains, demeurent importantes. Cependant, comme on peut le lire dans le rapport d’experts de septembre 2020 de la scientifique en chef du Canada, les stratégies de réduction des risques doivent de plus viser la ventilation et la purification de l’air pour limiter la transmission par aérosols. Les travailleurs de la santé et des services essentiels doivent avoir accès à des masques d’une qualité éprouvée qui s’ajustent parfaitement à leur visage.

Nous avons les connaissances et le savoir-faire qui nous permettraient de faire mieux. C’est pourquoi plus de 400 médecins, scientifiques, ingénieurs et professionnels de la santé demandent aux autorités sanitaires provinciales et fédérales de mettre à jour les directives et de multiplier les messages sur la transmission aérienne de la COVID-19.

Nous demandons aussi aux autorités de veiller à ce que les travailleurs essentiels des milieux à haut risque d’infection disposent de masques et d’EPI de grande qualité, de financer des évaluations et des mises à niveau de la ventilation dans les établissements publics, de distribuer des capteurs de CO2 à titre de mesure de substitution quand la ventilation fait défaut, de faciliter le déploiement de purificateurs d’air portables et de demander aux ingénieurs et spécialistes de la ventilation de proposer de meilleures façons de garantir la qualité de l’air dans les établissements des organisations des secteurs public et privé.

Nous avons la chance, au Canada, de posséder une riche expertise en santé publique, en génie et en santé et sécurité du travail. Mettons cette expertise à profit pour sauver des vies et permettre à notre économie de rebondir plus rapidement.

Les mesures que nous recommandons sont réalisables, mais elles nécessitent une coordination et une volonté politiques. Nous sommes au fait depuis des mois de la transmission aérienne du nouveau coronavirus : prenons-la enfin au sérieux. En sachant comment le virus se propage, nous pouvons mieux protéger le grand public, plus particulièrement les populations vulnérables et les travailleurs essentiels qui risquent tous les jours de contracter la COVID-19. Le Canada a les connaissances et les ressources pour résoudre ce problème. Il est temps d’agir.

Avis de non-responsabilité : les opinions exprimées dans le présent texte sont celles des auteurs à titre individuel et ne correspondent pas nécessairement à la politique ou à la position officielle d’un organisme ou établissement donné.