Nous l’avons constaté, la COVID-19 prend des vies, frappe les plus vulnérables, détruit des familles, met une pression immense sur les systèmes de santé de par le monde et a des conséquences physiques, psychologiques et financières sans précédent.

Marie-Christine Fiset Marie-Christine Fiset
Responsable des médias chez Greenpeace Canada

Même si nous avons l’impression que le temps s’est arrêté depuis le confinement, les catastrophes climatiques, elles, font fi de nos histoires de masques et de nos écoles fermées.

Les incendies de forêts et les inondations fauchent aussi des vies, frappent aussi les plus vulnérables, anéantissent aussi des familles, détruisent des maisons, forcent des évacuations et ont des conséquences physiques, psychologiques et financières tout aussi désastreuses.

Il y a deux semaines à peine, 5000 personnes ont dû être évacuées à Fort McMurray en raison d’inondations alors même que la province de l’Alberta tentait toujours d’endiguer la propagation du coronavirus. Et que dire des inondations qui sévissent au Kenya, où plus de 100 000 personnes ont été évacuées depuis mars ?

Imaginez une telle situation d’urgence avec la nécessité supplémentaire et inexorable de pratiquer la distanciation physique !

Alors que la perspective du déconfinement se dessine de plus en plus, Ressources naturelles Canada dévoile ses nouvelles projections mensuelles et saisonnières. L’institution fédérale laisse présager des risques d’incendies de forêt « bien au-dessus de la moyenne » dès le mois de juin, et ce, jusqu’au mois de septembre. Ainsi, à peine sortis de la crise sanitaire, la Colombie-Britannique, l’Alberta, la Saskatchewan, le Manitoba et une partie des Territoires du Nord-Ouest seront ainsi très probablement confrontés à des incendies de forêt. Si les projections s’avèrent exactes, les communautés déjà éprouvées par plus de deux mois de pandémie devront jongler avec la lutte contre les incendies et la gestion des évacuations, avec la peur constante d’une résurgence du virus tant chez les pompiers que les sinistrés.

Quand on parle de gestion de crise…

L’ampleur d’une situation peut nous amener à compartimenter les crises (COVID-19/incendies de forêt/inondations/crise climatique) pour mieux les appréhender. Or, c’est un réflexe que l’on se doit de réprimer.

Selon Sarah Henderson, scientifique senior au B. C. Center for Disease Control, la pollution de l’air peut affaiblir le système immunitaire et nous rendre plus vulnérables aux maladies infectieuses. À ce sujet, rappelons-nous qu’en 2018, lors des incendies de forêt records en Colombie-Britannique, la fumée est devenue si intense que la qualité de l’air à Vancouver a été classée au cinquième rang des plus mauvaises parmi les grandes villes du monde, selon l’indice mondial de la qualité de l’air. Mme Henderson pense donc que la fumée intense occasionnée par des incendies de forêt soutenus pourrait augmenter les risques de contracter la COVID-19 chez les populations touchées.

Même si les changements climatiques n’ont pas causé l’émergence du coronavirus, ils peuvent indirectement aggraver les effets des pandémies, dont la COVID-19, en détériorant les conditions environnementales dont nous avons besoin pour être en santé – accès à de l’eau potable, à de l’air pur, à de la nourriture et à un abri – et ajouter à la pression déjà présente sur nos systèmes de santé, comme le mentionne l’Organisation mondiale de la santé.

N’oublions pas non plus que les changements climatiques aggravent les évènements climatiques extrêmes. Qu’on le veuille ou non, ces évènements racontent la même histoire. Alors, quand les gouvernements du monde entier envisagent des mesures pour relancer leurs économies en difficulté et que des milliards sont et seront injectés dans différents secteurs, nous nous devons de reprogrammer les règles pour reprendre le contrôle de notre histoire.

Nous avons l’occasion de voir grand et mieux et d’être audacieux dans notre approche de cette relance. On parle de résilience alimentaire et sociale pour mieux se préparer aux crises à venir. Mais pourquoi ne pas envisager de revoir nos systèmes économiques et sociaux pour empêcher la création même de ces crises ? Pourquoi attendre le prochain incendie, la prochaine inondation, la prochaine pandémie pour remédier aux crises qui existent déjà ? Voilà que nous avons une page blanche devant nous. Nous pouvons y écrire la prochaine politique de restauration des milieux humides et les mesures pour réhabiliter les terres incendiées. Nous pouvons aussi inverser notre dépendance aux énergies fossiles et inverser cette autre courbe, celle du réchauffement climatique.

Restaurer, soigner, recouvrer. Avec la sortie de crise, refaisons-nous une santé.