Voilà maintenant deux mois que nous avons appris, tous les élèves du Québec et moi, que l’école était fermée, et ce, pour une durée plus ou moins déterminée. La plupart des élèves étaient contents de manquer l’école, mais en quelques jours, pour la sécurité de tous les citoyens, les mesures de protection se sont accumulées, faisant de notre temps libre un moment beaucoup moins agréable à passer.

Frédérique Bouvier Frédérique Bouvier
Élève de 3e secondaire dans une école de la CSDM

Durant les premières semaines, voire le premier mois de confinement, nous n’avons pas, sinon très peu, reçu de nouvelles de l’école, encore moins des enseignants. Nous nous cherchions une occupation, les stories sur Instagram regorgeaient de demandes de suggestions de livres, de musique à écouter, de séries et de films à regarder. Nous en arrivions même à nous ennuyer de l’école.

Ce n’est que dans les semaines du 6 et du 13 avril, soit près d’un mois après le début du confinement, que j’ai commencé peu à peu à recevoir des courriels de mes professeurs. Ont suivi pour certains des classes virtuelles sur l’application Teams, auxquelles assistaient des élèves de mon groupe du Programme d’éducation internationale. Malgré la bonne volonté des enseignants et des élèves, ces classes n’ont pourtant pas été toujours très fructueuses. Beaucoup de problèmes techniques sont survenus, laissant parfois les élèves sans enseignant, se demandant s’ils devaient quitter la réunion. Peu à peu, les cours se sont révélés plus organisés et efficaces, bien que beaucoup d’élèves demeurent absents.

Si ce genre de situation arrive dans des groupes privilégiés et ayant déjà travaillé avec les différentes plateformes disponibles sur le web, nous pouvons nous imaginer un tableau assez clair de la situation des groupes avec des élèves en difficulté, dont les professeurs sont parfois des suppléants qui n’enseigneraient d’ordinaire même pas la matière qu’on leur a attribuée.

Fin avril, nous avons appris que les élèves du secondaire ne retourneraient pas en classe avant septembre. C’est sans surprise, mais avec une petite déception, que j’ai regardé le point de presse ce jour-là jusqu’à ce que je me rende compte que très peu d’information était donnée quant à l’organisation des cours en ligne et que les questions portaient davantage sur la réouverture des écoles primaires. Le 5 mai est paru dans La Presse un article consacré à l’opinion des enfants sur la situation. Je me rappelle avoir lu que certains adolescents se sentaient oubliés et, sur le coup, ne pas avoir été d’accord. Mais en y repensant, en relisant mon texte, je me rends compte que c’est peut-être mettre le bon mot sur la situation. En effet, le 13 mai, le ministre Roberge renforce cette impression en annonçant la possibilité pour les élèves du secondaire de continuer l’école à distance en septembre.

J’écris donc cette lettre pour informer population et gouvernement de la situation que nous vivons. Au vu de mon témoignage sur l’école à distance décrite plus haut, j’espère convaincre le ministère de l’Éducation de ne considérer cette option qu’en dernier recours. Messieurs, mesdames, mes amis me manquent. Dîner assise sur ma veste dans le parc derrière l’école me manque. Les cours dans une vraie classe avec des manuels en papier et un professeur à quelques mètres de moi me manquent. L’école me manque.