Alors que le virus entamait sa progression dévastatrice au Québec, nous avons été témoins de nombreux gestes de solidarité, mais hélas aussi de cette propension malsaine à identifier des boucs émissaires, ravivant la peur irrationnelle de l’Autre qui serait le vecteur, sinon le responsable de la propagation.

Fanny Guérin Fanny Guérin
Directrice des communications de Diversité artistique Montréal (DAM), et trois autres signataires de l’organisme*

Si la pandémie de COVID-19 est révélatrice des iniquités sociales et économiques qui touchent historiquement les populations plus vulnérables, souvent racisées, elle laisse poindre également une stigmatisation éhontée envers plusieurs communautés : chinoise — et asiatiques, par la force de l’amalgame —, mais aussi haïtienne — et noires, par extrapolation —, ou encore envers les personnes réfugiées.

Certains Québécois d’origine asiatique craignent désormais d’aller faire leur épicerie ; de nombreux travailleurs immigrants sont en première ligne (des services essentiels : alimentation, transport, santé et services sociaux, etc.) alors qu’ils étaient hier jugés comme non désirables, leur présence non souhaitable et leurs diplômes non reconnus.

Le repli identitaire et la stigmatisation ne sont jamais loin, telles des braises qu’une crise suffit à raviver.

Dans ce contexte, la vigilance collective est de mise pour s’assurer que cette épreuve sans précédent ne serve pas de prétexte à une montée du racisme, mais s’impose comme un terreau durable pour les solidarités et un tremplin dans une lutte renouvelée pour l’équité et les droits de toutes et tous**.

Créativité salvatrice

Malgré le coup de massue qu’ont reçu les artistes et les organismes du milieu culturel, déjà fragilisés par des conditions précaires, ils regorgent d’une créativité salvatrice, capable de bâtir des ponts, de panser les plaies, de sublimer le réel, de créer du commun, de voir plus loin.

Déjà, les créatrices et créateurs sont à l’œuvre : de nombreuses initiatives circulent pour dénoncer les agressions envers les communautés asiatiques (#lesasiatiquesnesontpaslevirus), pour honorer l’engagement des Québécois de diverses origines au front durant cette pandémie (#jemesouviendrai), pour informer la population allophone (capsules multilingues enregistrées par les artistes de Diversité artistique Montréal, DAM), ou encore la création de groupes de soutien à la communauté artistique, mais aussi aux communautés asiatiques (Groupe d’entraide contre le racisme envers les Asiatiques au Québec).

Ce rôle que les artistes endossent avec tant de passion au quotidien s’invite comme un baume sur nos vies chamboulées, alors que certains sont aussi, comme nous tous et toutes, aux prises avec les angoisses, les incertitudes et la lourdeur qu’impose cette période. 

Ils nous proposent des contenus généreusement alors que la crise ne devrait et ne devra pas, à l’avenir, contribuer à la généralisation de la gratuité du contenu culturel, comme nous met en garde l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle.

Plus que jamais, il faudra soutenir nos créateurs et créatrices pour les remercier, les encourager et les aider à redémarrer un secteur durement touché.

En ces temps si particuliers, anxiogènes, mais aussi porteurs d’espoir, DAM enjoint au milieu de la culture de s’engager avec plus de force que jamais pour l’équité et l’inclusion, à être la figure de proue d’une société solidaire et unie qui rejette avec vigueur le racisme et reconnaît avec conviction les contributions de tous.

Poursuivre le chantier de l’inclusion

La tentation de remettre à demain le chantier de l’inclusion, déjà entamé par plusieurs organisations, est forte dans un contexte où les impératifs à court terme prennent le dessus. Mais ce penchant mérite d’être repensé. 

Diversité artistique Montréal invite à considérer l’équité et l’inclusion comme des enjeux de dialogue social et de développement durable, comme la pierre angulaire de la relance des organisations.

En se dotant de nouvelles pratiques — autant internes qu’externes — qui tiennent compte des réalités diverses et des ajustements nécessaires qui y sont liés, les organisations du secteur sauront affronter la nouvelle ère qui s’ouvre et qui ne demande qu’à être façonnée.

En inscrivant avec vigueur l’équité et la lutte contre le racisme dans l’ADN du secteur artistique, nos créatrices et créateurs sauront relever les défis de la prochaine décennie, cernés en vue du rendez-vous Montréal, métropole culturelle et dont l’inclusion est un principe transversal.

Cela devra passer par assurer la vitalité des quartiers en misant sur les artistes locaux et le tissu communautaire, soutenir la créativité en reconnaissant et valorisant les esthétiques et les expressions du monde entier pour s’enrichir de visions trop longtemps occultées, revitaliser les espaces urbains à l’image des gens qui les font vivre et, finalement, faire de Montréal une ville plurielle où chacun et chacune trouve sa place, équitablement et durablement.

* Cosignataires de Diversité artistique Montréal : Evanne Souchette, chargée de projet-Cellule iDAM ; Alida Esmail, chargée de recherche, et Jérôme Pruneau, directeur général

** La Ligue des droits et libertés assure une vigie exemplaire sur des dossiers divers pour assurer le respect des droits et interpeller sur les dérives potentielles.