Les anges gardiens sont tellement précieux que nous nous sommes permis, en tant que société, de leur retirer tous leurs droits en imposant un arrêté ministériel.

Julie Alarie Julie Alarie
Infirmière

Que nous nous sommes aussi permis de leur retirer leur liberté d’expression. Ils n’ont plus le droit d’être fatigués, épuisés, malades. Ils n’ont pas non plus le droit de choisir leur famille, leurs enfants de temps en temps…

Non, leur droit est maintenant de se présenter au travail, de ne plus prendre de vacances, de ne plus avoir de congés, plus de fériés, plus de congé parental sans solde, etc. Si tu es en arrêt de travail, nous ferons en sorte de contester le billet de ton médecin pour que tu travailles quand même ! Après tout, nous en avons besoin plus que jamais, n’est-ce pas ?

Pourquoi respecter cette poignée de travailleurs qui tiennent le système de santé à bout de bras depuis des décennies ?

De toute façon, ils ont les mains liées, ils n’ont pas le droit de faire de grève ou de contester quoi que ce soit ! Ils ont toujours continué à travailler, peu importe leurs conditions de travail, leur salaire plus qu’ordinaire… alors, profitons-en pour leur en demander encore plus !

À ce que je sache, nous étions prêtes à nous battre contre ce virus : nous avons, en grande majorité, répondu présentes ! Mais ce n’était pas assez. Il était préférable de les mettre dans une belle prison arc-en-ciel ! De cette façon, la motivation et l’engagement des troupes seraient bien plus grands, non ?

Et si cette société perdait ses anges ? Et si ces anges décidaient de simplement changer de carrière ?

Il faut arrêter de parler de vocation. Du fait que parce que tu as choisi ton métier, alors tu dois endurer tout ça ! Ça suffit de croire que parce que tu es infirmière, préposé, inhalo, commis ou autre, tu dois juste assumer ta supposée vocation et te taire ! 

Ce n’est pas une vocation, c’est un travail !

Je n’ai pas choisi de ne jamais voir mes enfants, qu’on me force à rester au travail 16 heures consécutives, de perdre mes droits, de devoir pallier les manques par rapport à la gestion du gouvernement. D’être considérée comme une marionnette qui fait ce qu’on lui dit de faire, et ce, même si ce n’est pas toujours éthique ! 

Ce que j’ai choisi, c’est de soigner les gens, d’assurer leur dignité, leur survie et leur santé, mais pas au péril de la mienne !

Vos anges sont encore présents ; ils y sont encore avec cœur. Il est temps de prendre soins de nos soignants !