La lettre s’adresse au premier ministre du Canada, Justin Trudeau

Catherine Potvin Catherine Potvin
Professeure au département de biologie de l’Université McGill, et 49 autres signataires *

Monsieur le Premier Ministre, certains journaux ont indiqué que votre gouvernement souhaitait des projets prêts à démarrer pour le plan de relance post-COVID. Une cinquantaine d’universitaires du réseau Dialogues pour un Canada vert s’est donc penchée sur la question. Selon eux, un certain nombre de programmes fédéraux existants pourraient rapidement être mis à profit pour permettre certains investissements stratégiques, pensons par exemple au programme Optique des changements climatiques d’Infrastructure Canada et à la Stratégie nationale sur le logement. Voici quelques exemples d’investissement « coups sûrs ».

Du financement est nécessaire pour accélérer la transition vers une énergie renouvelable et à faible émission de carbone. Il faut également repenser la gouvernance de l’énergie afin de permettre la production d’énergie par les citoyens utilisateurs. Les investissements peuvent aider à surmonter les obstacles liés au capital initial et à rendre les systèmes énergétiques plus flexibles, tout en diversifiant nos sources d’énergie. De tels investissements devront respecter les droits des peuples autochtones.

L’investissement dans les infrastructures vertes offre une nouvelle façon de protéger les bassins versants et les zones côtières contre les inondations de même que les communautés contre les vagues de chaleur. On pense à des réseaux de technologies vertes, d’espaces et de systèmes naturels, des zones humides aux boisés en passant par les zones de conservation, qui sont connectés, multifonctionnels et fournissent de multiples services écosystémiques.

Un programme national de rénovation énergétique des bâtiments réduira la demande d’énergie et les coûts pour les propriétaires et les locataires.

Le travail à domicile devenant la nouvelle norme, ces améliorations pourraient améliorer le confort. Étant donné que les nouvelles constructions se feront plus rares, et que certains bâtiments publics seront fermés, le potentiel de création d’emplois par des rénovations énergétiques ambitieuses est considérable. Ces investissements peuvent remédier à la crise du logement en milieu autochtone.

De plus, les mesures adoptées pour lutter contre le coronavirus ouvrent de nouvelles avenues d’investissement au service d’objectifs sanitaires et environnementaux.

Repenser la livraison et le télétravail

Transporter des personnes et des biens représente l’une des sources les plus importantes d’émissions de gaz à effet de serre au Canada. Repenser les systèmes de livraison est la suite logique de l’explosion de la livraison à domicile. Les flottes de livraison de petits camions sont bien adaptées à l’électrification ; la coordination de la logistique, l’amélioration des taux de remplissage des camions et l’offre d’horaires de livraison flexibles pourraient contribuer à réduire la dépendance aux voitures.

La reprise est également le moment idéal pour financer des rues et des routes comportant de larges trottoirs, des infrastructures vertes et des pistes cyclables.

Cela favorisera le transport actif partout où de telles infrastructures sont largement absentes.

La COVID-19 a révélé combien les inégalités sociales menacent la résilience du Canada. Ainsi, les investissements devraient être guidés par des principes d’équité, de diversité et d’inclusion et être conformes aux droits des peuples autochtones. Dans ce sens, garantir un accès universel à l’internet haut débit s’avère une nécessité pour le télétravail.

Une formation continue environnementalo-consciente dans le secteur de la construction devrait être un élément clé des investissements de relance du Canada. La qualité des constructions sobres en carbone nécessite une culture de travail qui met l’accent sur la réduction de la consommation d’énergie. Des investissements majeurs dans le développement de nouvelles compétences liées au climat permettront l’adoption de pratiques et de technologies plus vertes. Si la littératie environnementale devient partie intégrante de la formation des travailleurs, l’industrie devra suivre pour s’assurer que les travailleurs nouvellement formés puissent trouver des emplois de bonne qualité. Cela représente également une occasion rêvée pour accroître la diversité dans la main-d’œuvre, en particulier les femmes et les Autochtones qui en sont trop souvent exclus, et pourraient ainsi contribuer efficacement aux objectifs climatiques du Canada.

Protéger le Canada contre les catastrophes comme les changements climatiques, c’est aussi renforcer sa résilience. Nous devons comprendre les liens entre chocs, réponses et conséquences de perturbations comme la COVID-19 ou les changements climatiques. Par exemple, si le travail à domicile persiste, nous devons mesurer les conséquences du travail à distance sur l’aménagement immobilier urbain et rural, l’industrie de la construction, les systèmes de transport, le transport et la livraison des aliments, les bars et les restaurants, etc.

Les universitaires des Dialogues pour un Canada vert offrent donc d’apporter à l’équipe d’intervention post-COVID-19 du Canada leur connaissance des leviers qui pourraient permettre un changement positif, ainsi que leurs réflexions au sujet des stratégies et des approches qui améliorent la santé et sont économiquement efficaces face aux imprévisibles perturbations climatiques.

La COVID-19 a montré que les Canadiens sont résilients, socialement conscients et prêts à tolérer un confinement à court terme pour le bien de la société à long terme. Avançons donc en innovant et en investissant afin de rendre notre société inclusive, juste, résiliente au climat et économiquement forte.

* Cosignataires : Adam Fenech, Université de l’Île-du-Prince-Édouard ; Alison Kemper, University Ryerson ; André Potvin, Université Laval ; Andreas Heyland, Université de Guelph ; Brendan Haley, Université Carleton ; Brent J. Sinclair, Université Western Ontario ; Bruno Dyck, Université du Manitoba ; Bryson Brown, Université de Lethbridge ; Cheryl Teelucksingh, Université Ryerson ; Christian Messier, Université du Québec à Montréal ; Christina E. Hoicka, Université York ; Claude Villeneuve, Université du Québec à Chicoutimi ; Damon Matthews, Université Concordia ; David Kahane, Université de l’Alberta ; Debra J. Davidson, Université de l’Alberta ; Dominique Paquin, Ouranos ; Dror Etzion, Université McGill ; Fikret Berkes, Université du Manitoba ; Howard Ramos, Université Dalhousie ; Irena F. Creed, Université de la Saskatchewan ; James M. Byrne, Université de Lethbridge ; Jean Leclair, Université de Montréal ; Jeremy Rayner, Université de la Saskatchewan ; John Calvert, Université Simon Fraser ; John Robinson, Université de Toronto ; José Etcheverry, Université York ; Ken Oakes, Université du Cape Breton ; Lauchlan Fraser, Université Thompson Rivers ; Liat Margolis, Université de Toronto ; Mark C.J. Stoddart, Université de Terre-Neuve ; Martin Mkandawire, Université du Cape Breton ; Matthew Hoffmann, Université de Toronto ; Maya Jegen, Université du Québec à Montréal ; Mishka Lysack, Université de Calgary ; Natalie Slawinski, Université de Terre-Neuve ; Nathalie Bleau, Ouranos ; Normand Mousseau, Université de Montréal ; Pamela Palmater, Université Ryerson ; Patrick McCurdy, Université d’Ottawa ; Sally Aitken, Université de la Colombie-Britannique ; Sarah Burch, Université de Waterloo ; Sarah Otto, Université de la Colombie-Britannique ; Sébastien Jodoin, Université McGill ; Shauna Sylvester, Université Simon Fraser ; Stephen R. J. Sheppard, Université de la Colombie-Britannique ; Suzanne Simard, Université de la Colombie-Britannique ; Val Napoleon, Université de Victoria ; Warren Mabee, Université Queen’s ; Yvonne Vizina, Université de Winnipeg