La pandémie actuelle met en lumière certains défis de notre système de santé, notamment les enjeux de bureaucratie évoqués récemment par plusieurs journalistes. Certes, on peut faire mieux et prendre acte des enseignements que nous donne la pandémie de COVID-19. Cette pandémie est en effet une source d’enseignements inépuisables. L’urgence sanitaire qui en découle illustre de façon convaincante l’importance de réaliser une convergence efficace entre la recherche, l’innovation, et les soins et services de santé. C’est ce qui nous permettra de vaincre cette pandémie, et les autres qui suivront.

Renaldo Battista Renaldo Battista
Directeur général, Oncopole

La pandémie de COVID-19 force un décloisonnement d’urgence des différents pôles afin de permettre une réponse rapide et efficace aux besoins du système de santé en quête d’un vaccin et de traitements. Aussi, la mobilisation rapide des milieux de recherche et des organismes subventionnaires a-t-elle permis de lancer plusieurs initiatives pour répondre à cette demande.

De plus, on a vu la créativité et l’inventivité des milieux industriels à ajuster leur capacité de production afin de répondre au besoin d’équipement de protection de base pour les professionnels de la santé. Cet arrimage rapide de secteurs ayant leur logique propre a été facilité par l’injection de ressources importantes reflétant le haut niveau de priorité qu’exige la situation actuelle.

Ce modèle plus fluide devrait nous inspirer dans le secteur de la cancérologie.

Les cancers constituent une pandémie moderne dont la progression projetée amènera une pression majeure sur les systèmes de soins et de services des pays industrialisés, mais aussi, de façon croissante, des pays en voie de développement.

Quoique le milieu de la recherche en cancérologie du Québec soit extrêmement dynamique et reconnu sur le plan international et que l’oncologie soit un secteur privilégié de recherche et développement, l’écosystème ne fait pas exception. Il manque là aussi de liaison efficace entre les besoins en soins et services, la recherche et l’innovation. L’Oncopole se veut une réponse à ce défi.

L’Oncopole, qui résulte d’un partenariat stratégique entre le Fonds de recherche du Québec-Santé (FRQS) et la compagnie pharmaceutique Merck Canada, a, à ce jour, financé ou cofinancé une trentaine de projets de recherche et autant de jeunes chercheurs pour un investissement total de 30 millions de dollars.

De la sorte, l’Oncopole souhaite pallier l’enjeu de cloisonnement des secteurs.

Son action fédératrice engendre déjà une meilleure coordination des efforts de recherche en oncologie, avec un accent mis sur les projets nécessitant le partenariat de plusieurs équipes de recherche, l’appui d’initiatives de valorisation et de commercialisation des résultats de recherche, et l’amélioration des pratiques cliniques en oncologie. Mais en fait-on assez ?

Avec l’appui de plusieurs partenaires dont Génome Québec, la Société de recherche sur le cancer, le Consortium québécois sur la découverte du médicament (CQDM), l’Institut de recherche en immunologie et en cancérologie — commercialisation de la recherche (IRICoR), l’Oncopole tente d’accélérer le plus possible le transfert des résultats de recherche vers le système de santé pour que cette recherche faite en laboratoire se déploie auprès des patients.

Des réussites

L’Oncopole compte à son actif plusieurs réussites. À titre d’exemple, mentionnons le programme Lead-Action, cofinancé avec IRICoR, ou encore le programme Onco-Tech, cofinancé avec le Consortium MEDTECH, l’Institut TransMedTech et la Société de recherche sur le cancer (SRC), qui ont permis de financer plusieurs projets avec la participation directe de compagnies de premier plan. Finalement, avec son récent programme Priorité patient, l’Oncopole encourage chercheurs et cliniciens à travailler directement avec le patient pour trouver des solutions thérapeutiques affûtées et adaptées.

Plus récemment, l’Oncopole a lancé le programme Innove-Onco en collaboration avec le Programme québécois de cancérologie (PQC), le Bureau de l’innovation (BI) et l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) pour arrimer de façon utile et efficace l’amélioration des pratiques cliniques, l’intégration de l’innovation et la recherche en oncologie. Au fil des ans, d’autres partenaires se sont ajoutés aux initiatives de l’Oncopole, dont l’unité SRAP du Québec, l’Institut de valorisation des données (IVADO) et GlaxoSmithKline (GSK), notamment.

L’Oncopole tente ainsi d’arrimer les divers acteurs de l’écosystème de l’oncologie au Québec et d’amener des pistes d’amélioration possible afin d’augmenter la fluidité et la cohérence entre les secteurs clés. Nous pensons qu’il est capital de travailler tous ensemble en se délestant de la bureaucratie du système actuel pour arriver à vaincre toute pandémie, qu’il s’agisse du cancer ou de la COVID-19.

La pandémie de COVID-19 a mis en lumière l’importance d’harmoniser les besoins du système de santé avec une capacité de réponse de recherche efficace qui se traduit par des innovations faisant appel à la créativité du secteur privé. Espérons que ce paradigme en santé, misant sur le décloisonnement des secteurs — paradigme qui motive les actions de l’Oncopole depuis sa création —, saura inspirer les décideurs, acteurs, organisations, industries, et regroupements de patients à s’allier et se coordonner, plus que jamais, pour faire front ensemble face aux problématiques sanitaires, qui risquent malheureusement de nous surprendre à nouveau, dans un avenir pas si lointain.