En réponse au texte de Martine Bouliane, « Syndicats : nous ne sommes pas solidaires », publié le 5 mai

Robin St-Jacques Robin St-Jacques
Enseignant, Montréal

Le texte de Martine Bouliane est pour le moins surprenant. Le milieu enseignant y est décrit comme étant sous la gouverne de syndicats tout-puissants, de mauvaise foi et qui défendent souvent des enseignants incompétents et parfois même violents envers les élèves, tout ça en étant également responsables de plusieurs problèmes d’apprentissage des élèves ainsi que du décrochage scolaire. Ouf ! Un chausson avec ça ?

Ah j’oubliais : il y est également affirmé que les syndicats ne sont pas solidaires des élèves, des parents d’élèves et des travailleurs de l’alimentation et des services essentiels.

Je souhaite apporter un peu de nuance dans un article qui en manque cruellement et examiner les raisons avancées par l’auteure pour expliquer ce profond manque de solidarité de la part des syndicats. Tout d’abord, il est dit que puisque les enseignants temps plein sont payés plein salaire, ils ne sont pas solidaires envers les travailleurs de l’alimentation. Ah bon. Également, puisque les syndicats ont demandé du matériel de protection pour les enseignantes, ils ne sont pas solidaires des éducatrices en service de garde qui n’en ont pas.

J’en conclus donc que les syndicats ne sont pas solidaires de n’importe quel groupe d’individus moins bien nantis qu’eux.

Les syndicats seraient-ils également coupables d’un manque de solidarité envers les aînés en CHSLD puisque leurs membres ne meurent pas au même rythme ?

L’auteure affirme aussi que les syndicats « sont très, trop puissants ». Vraiment ? En 17 ans, à chaque convention collective négociée entre les syndicats et la partie patronale, le corps enseignant a vu son pouvoir d’achat, ses conditions de travail et le respect de sa profession diminuer. Le syndicat fait des demandes, elles sont refusées et la convention est souvent imposée aux enseignantes. Quelle force ! Quelle puissance !

Ne jamais dire jamais

En parlant de son syndicat, l’auteure écrit également : « je ne l’entends JAMAIS prendre une position qui me rejoigne » (je tiens à préciser que les majuscules ne sont pas de moi). J’ai beaucoup de difficulté à la croire sur ce point. Son syndicat n’a JAMAIS défendu une position qui la rejoigne ?

Elle ne veut donc pas de rattrapage salarial sur la moyenne canadienne, ni moins d’élèves dans ses classes ni une plus grande stabilité d’emploi pour les jeunes enseignants ? Je me demande qui est de mauvaise foi ici.

Là où l’article devient carrément délirant, c’est quand l’auteure affirme : « au fil des ans, j’en suis même venue à me dire que les syndicats en éducation sont responsables de plusieurs problèmes d’apprentissage et du décrochage des élèves ». La fermeture de classes pour élèves en difficulté, la multiplication des programmes scolaires offerts aux élèves et l’intégration d’élèves n’ayant pas les acquis nécessaires en classes régulières sont les principales causes des problèmes d’apprentissage. Toutes des mesures contre lesquelles les syndicats se battent vigoureusement. Est-ce que les syndicats sont parfois coupables d’une certaine lourdeur administrative ? Certainement. De là à affirmer qu’ils sont responsables du décrochage scolaire de nos élèves, ça commence à faire fort de café.

Les syndicats en enseignement auraient certainement pu se garder une gêne à certains moments pendant cette pandémie. Patrick Lagacé a d’ailleurs mis en lumière quelques maladresses commises par certains leaders syndicaux dans les pages de ce même journal. Je crois qu’il est sain d’encourager des points de vue différents et de souligner les erreurs des différentes parties. Mais cette charge antisyndicale bancale et farfelue ne peut rester sans réponse. La solidarité, en enseignement, devrait commencer par se manifester entre collègues.

> Relisez « Syndicats: nous ne sommes pas solidaires »