Devant les morts quotidiennes dans nos établissements et l’infection de plus de 4000 professionnels de la santé en moins de six semaines, il est clair que nous n’avons pas été préparés à travailler en contexte d’épidémie. Protégeons nos travailleurs de la santé. Sinon, ils tomberont malades et leurs consœurs et confrères partiront alors, épuisés et effrayés.

Geneviève Dechêne Geneviève Dechêne
Médecin de famille, équipe de soins palliatifs et intensifs à domicile (SIAD) Verdun

La Dre Joanne Liu, Québécoise renommée, a partagé son expérience d’ancienne présidente de Médecins sans frontières1. Ses conseils pour faire face à une épidémie sont simples et peu coûteux en comparaison des nombreuses pertes d’employés actuelles dans notre réseau. Inspirons-nous aussi des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de la préparation de l’hôpital Notre-Dame effectuée il y a deux mois ainsi que de celle, toute récente, de l’hôpital de Verdun du même centre de santé (CIUSSS Centre-Sud).

Tous nos établissements de santé, petits ou grands, modernes ou vétustes, dont les résidences pour personnes âgées privées ou publiques, devraient mettre en place une unité scellée pour héberger et soigner les patients porteurs de la COVID-19.

L’équipement de protection individuel (masque, blouse, gants, visière) est ainsi économisé puisque porté pendant plusieurs heures au lieu d’être jeté et changé entre chaque patient. Moins de retraits d’équipements protège puisque c’est là que même les plus expérimentés se contaminent. Une « unité COVID-19 » doit être totalement séparée du reste du bâtiment, y compris sa sortie d’air et son escalier (ou ascenseur).

Nos employés ne devraient pas passer d’un patient de « l’unité COVID-19 » à un patient non contaminé dans un même quart de travail. 

Tous, incluant les professionnels, les bénévoles, les proches au chevet de mourants et les volontaires d’une nuit, devraient être supervisés 24 heures sur 24 par des « coachs d’équipement » qui surveillent le changement des vêtements de ville aux vêtements de type « chirurgie », le lavage des mains, le port adéquat de l’équipement et son retrait méticuleux dans un couloir dédié équipé d’un lavabo et de plusieurs miroirs. Ce « coach » doit s’assurer que tous se changent et mettent un masque et des vêtements propres avant le retour dans la salle commune des employés. Un test de COVID-19 devrait être fait à chaque patient dès son admission, répété régulièrement lorsque des cas sont trouvés dans l’établissement.

Cessons de blâmer nos employés : aidons-les concrètement.

Si le Ministère ne procure pas les vêtements de travail et l’équipement de protection, l’employé ne devrait pas travailler dans une « unité COVID-19 » car il le fera au péril de sa santé et peut-être de sa vie.

À chacun sa responsabilité. L’employé a la responsabilité de donner des bons soins malgré les longues heures et le grand nombre de patients. Le Ministère a la responsabilité de fournir les tests et l’équipement, incluant des directives concrètes d’utilisation à rendre obligatoires pour prévenir la contamination du personnel et des patients. Chaque centre de santé devrait mettre en place des « unités COVID-19 » avec des « coachs » présents 24 heures sur 24 dans tous ses établissements. Il est triste de déplacer d’une chambre à l’autre des personnes âgées contaminées, mais il est encore plus triste de les voir mourir en grand nombre en raison de la contamination épidémique de nos établissements.

Cessons de dire que nos employés sont des « anges » : protégeons-les concrètement partout dans notre réseau.

1 « I’ve fought epidemics around the world. Now it’s Canada that must prepare for the worst », Joanne Liu, The Globe and Mail, 29 mars 2020

> Lisez le texte de Joanne Liu (en anglais)

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