La mairesse Valérie Plante s’est jointe récemment à un groupe de 11 grandes villes du monde qui se pencheront sur le redressement économique et social post-pandémie, dans le contexte de la lutte contre les changements climatiques. Nous ne pouvons que saluer cette initiative. 

Karel Mayrand Karel Mayrand
Directeur général, Québec et Atlantique, de la Fondation David Suzuki

Si la pandémie de COVID-19 met rudement à l’épreuve les grandes métropoles du monde, tant sur le plan sanitaire qu’économique, elle nous force également à repenser leur développement pour les rendre plus vertes et plus résilientes, et surtout, pour offrir des milieux de vie sains et sécuritaires pour tous. Voici cinq idées pour mettre Montréal sur cette voie.

Relancer les artères commerciales et le commerce de proximité 

Bien des Montréalais auront redécouvert durant la pandémie l’importance de leurs commerces de proximité et des artères commerciales qui sont au cœur de leurs milieux de vie. La Ville devrait saisir cette occasion pour réaménager ses artères commerciales et en faire de véritables destinations en y incluant des zones de repos et de jeu, ainsi que des espaces plus conviviaux pour la promenade.

On pourrait également rendre les locaux vacants accessibles à des initiatives citoyennes, culturelles ou autres visant à dynamiser le milieu. La Ville pourrait aussi soutenir les petits commerces en fournissant des études de marché sur le voisinage immédiat et en assurant, par la mise en place d’incitatifs et de mesures de démarchage, l’accès à une complémentarité et à une diversité de commerces et de services de proximité abordables pour tous les résidants.

Un programme d’accès à la propriété commerciale pour les petits entrepreneurs devrait être mis sur pied, et des services locaux de livraison écologique pourraient être mis en place pour desservir une clientèle plus large.

Favoriser les transports actifs 

Avec la hausse importante de gens qui utiliseront leur vélo pour éviter les transports en commun, la Ville doit développer rapidement et à l’échelle du territoire des zones de mobilité apaisée, c’est-à-dire des espaces publics sécuritaires et confortables pour les piétons et les cyclistes, en plus de mettre sur pied un projet pilote d’une zone à mobilité apaisée au centre-ville de Montréal. La pandémie a déjà révélé les bienfaits de l’apaisement de la circulation sur la qualité de l’air. Rappelons que 1500 Montréalais meurent prématurément chaque année du fait d’une mauvaise qualité de l’air.

Renforcer l’autonomie alimentaire

En soutenant l’agriculture urbaine par des changements à sa réglementation pour permettre l’agriculture dans certains espaces publics, les emplacements moins fréquentés des parcs pourraient offrir un espace intéressant pour ceux qui ont le pouce vert. La Ville pourrait également soutenir les entreprises innovatrices qui utilisent les toits des bâtiments comme espaces de production en permettant la vente sur place des produits.

D’autre part, à Montréal pourrait adopter un plan global pour contrer le gaspillage alimentaire qui est estimé à 3,4 milliards de dollars. Plusieurs chaînes d’épicerie sont déjà affiliées avec des banques alimentaires pour gérer leurs surplus ou encore utilisent des applications telles que FoodHero pour diminuer leur quantité de produits qui se retrouvent au compost.

Construire des logements sociaux 

Le taux d’inoccupation des logements est à un creux historique de 1,5 % dans le grand Montréal, faisant ainsi grimper le prix des loyers d’environ 3,6 % par année. Les ménages locataires sont donc pris en otage par la situation. Bien que plusieurs ménages puissent encaisser cette hausse sans trop de problèmes, les ménages ayant un revenu moindre sont plus susceptibles d’être en défaut de paiement. Montréal et les autres ordres de gouvernement doivent donc mettre les bouchées doubles pour construire les 12 000 logements sociaux prévus dans les orientations du Service de l’habitation.

Accélérer le verdissement 

Le verdissement rend la ville et sa population moins vulnérables aux vagues de chaleur et aux inondations qui sont appelées à se multiplier dans les prochaines décennies, en plus d’améliorer la qualité de l’air et la santé des populations. Chaque réfection de rue, chaque trottoir et chaque bâtiment devrait ainsi faire une large place aux mesures de verdissement dans l’objectif d’améliorer la qualité de vie des résidants tout en augmentant l’adaptation aux évènements météorologiques extrêmes.

Les inondations et les épisodes de chaleur accablante ne doivent plus nous coûter des millions et de nombreuses vies.

Les changements climatiques seront le prochain défi de résilience des grandes métropoles mondiales. À cet égard, nous encourageons la mairesse à maintenir le cap sur la transition écologique et sur un plan ambitieux d’adaptation et de lutte contre les changements climatiques. C’est par ces actions structurantes que nous pourrons améliorer la qualité de vie des Montréalais et mieux nous prémunir contre les chocs inévitables à venir.