Les effets « pervers » du soutien financier aux étudiants annoncé par le gouvernement fédéral à l’égard de l’emploi pour la saison estivale ont fait couler beaucoup d’encre. Les jeunes ne voudront pas, de l’avis de plusieurs, aller travailler cet été étant donné qu’ils deviennent maintenant admissibles à la Prestation canadienne d’urgence pour étudiants (PCUE).

Philippe Clément Philippe Clément
Président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ)

Cette présomption mérite qu’on lui apporte certaines nuances qui s’avèrent essentielles.

Rester sur son sofa ?

On a perçu un premier discours selon lequel « les jeunes » – ce fameux groupe homogène – préféreraient encaisser leurs chèques et rester assis tout l’été à regarder les murs de leur chambre. Parce qu’entendons-nous : cet été ne restera pas le plus divertissant de l’histoire en matière de rassemblements, si on se fie au Dr Arruda.

Cette vision d’une jeunesse paresseuse se situe assez loin de cette génération critique et allumée qu’on a l’habitude de dépeindre comme porteuse du futur du Québec.

À ce chapitre, il importe de souligner à grands traits l’apport des étudiants dans les milieux de soins depuis le début de cette crise ; le premier ministre parle de la contribution de plus de 1000 jeunes, alors que les sessions d’étude ne sont même pas terminées. Le nombre de messages reçus à la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) est parlant : les étudiants attendent en outre souvent encore l’appel de leurs autorités locales pour aller prêter main-forte au front. Plusieurs expriment même leur impatience  !

Son de cloche équivalent en agriculture : les 4000 candidatures transmises à l’Union des producteurs agricoles (UPA) comptent de nombreux jeunes et tout porte à croire que ce nombre continuera d’augmenter avec la fin des sessions. La communauté étudiante contribue donc à l’effort collectif ; bien que les emplois en santé et en agriculture n’offrent pas des conditions réputées comme exceptionnelles ces dernières années.

Savoir compter

Mis à part ce propos quelque peu condescendant à l’endroit de la jeunesse, force est de constater que mathématiquement, la PCUE pourrait amener quiconque sait compter à reconsidérer son emploi d’été, surtout s’il est rémunéré au salaire minimum. Toutefois, relativisons : on croirait parfois entendre le discours de pénurie de main-d’œuvre qui prévalait avant la crise  !

Il faut pourtant se le dire : l’absence des festivals et de l’industrie culturelle réduira significativement la quantité d’emplois étudiants.

Les modèles d’affaires des milieux du tourisme et de la restauration sont appelés à changer pour respecter la distanciation physique et pourront revoir à la baisse les postes disponibles pour la saison. En outre, le taux de chômage a grimpé de 3,6 % en mars – imaginez avril – au Québec. Tous ces facteurs ne pointent pas vers une situation de pénurie de main-d’œuvre ; tout porte à croire qu’il y aura plus de travailleurs que d’emplois, pas l’inverse.

La PCUE se veut donc un ajout au filet de sûreté qu’a déployé le gouvernement fédéral ; les 1250 $ fournis comblent tout juste les frais de subsistance d’un étudiant en appartement. Ce montant est appréciable, mais il demeure loin des sommes visées chaque année par ceux et celles cherchant à faire des économies pour l’année scolaire suivante. Les témoignages qui ont circulé s’avèrent sans équivoque : trop d’étudiants tombaient entre les mailles du filet de la PCU, se retrouvant dans des situations teintées d’une précarité souvent exacerbée.

Les membres de la population étudiante ne jouissent pas tous de la même chance. Il serait déplorable que l’aide essentielle à plusieurs étudiants ait pour effet d’alimenter des préjugés à l’endroit des « jeunes ». Cela revient à porter un jugement sur tous ceux qui ont des raisons valides – et qui ne concernent qu’eux – de ne pas se rendre sur le marché du travail cette saison.

Acte de foi

Toujours est-il : aux vues de la PCUE, certains reconsidéreront leur plan d’été pour ne pas travailler, il faut être fou pour le nier. Évitons toutefois de généraliser ces cas, car après des semaines de confinement, les étudiants sont nombreux à avoir hâte de sortir et peu tiennent à se tourner les pouces trois mois supplémentaires. Les propositions de mesures incitatives à l’emploi se valent donc, si elles ne sont pas associées à une vision réductrice de la jeunesse et qu’elles ne pénalisent pas la communauté étudiante.

La jeunesse québécoise est vaillante, elle a envie de tendre vers des expériences de travail enrichissantes et il faut lui faire confiance ! Après tout, elle jouera un rôle central dans le développement de la nouvelle société qui poindra dans quelques années, lorsqu’on se remettra de ce cataclysme.