Peu importe l’heure du jour ou de la nuit où vous lirez ce texte, au même moment, des centaines d’agents d’Affaires mondiales Canada à Ottawa et dans nos ambassades dans le monde font des pieds et des mains pour tenter de rapatrier le plus de Canadiens, le plus rapidement possible.

Gilles Rivard Gilles Rivard
Fellow de l’Institut d’études internationales de Montréal et ambassadeur du Canada en Haïti et aux Nations unies (2008-2014)

Lorsqu’il y a une crise quelque part dans le monde, ces agents se mobilisent pour venir en aide à des gens qu’ils n’ont jamais vus et qu’ils ne verront probablement jamais. Pourtant, on retrouve partout dans les médias des reportages de gens frustrés se plaignant du manque d’efforts, de la lenteur inexpliquée à leur venir en aide. En fin de compte, on peut comprendre ces gens d’exprimer leur frustration. Ils sont isolés quelque part dans un pays étranger, inquiets, loin de leur famille, angoissés face à la situation, se demandant quand apparaîtra la lumière au bout du tunnel.

Ne vous y trompez pas, les efforts sont là. J’y ai participé activement durant toute ma carrière. Sauf qu’en temps de crise, ils ne viennent jamais assez vite à notre goût. 

J’en ai connu, des crises où j’ai eu à intervenir soit à partir du Canada, soit en affectation : tremblement de terre au Costa Rica, otages canadiens au Pérou, tsunami en Indonésie, tremblement de terre en Haïti, ouragan Sandy à New York. Chaque fois, c’est le même scénario. On se tourne vers le gouvernement canadien pour de l’aide ; on dit qu’on nous oublie, on ne comprend pas notre situation, d’autres pays font mieux, et j’en passe. Évidemment, on est en situation de crise et avec la COVID-19, la crise est planétaire, du jamais vu. Il y a des erreurs commises, des dérapages inattendus, des délais imprévus. Ça arrive, c’est une crise. En plus, notre pays aussi est en crise.

Dans ces moments, il faut se rappeler que tout le personnel dans nos missions à l’étranger, en commençant par l’ambassadeur, devient un agent consulaire et travaille d’arrache-pied avec leurs collègues à Ottawa pour ramener les gens au pays.

Ils doivent négocier avec des autorités locales pas toujours coopératives, avec des moyens de communication parfois déficients dans un contexte sécuritaire qui n’a rien de comparable au Canada et souvent même dangereux.

Lorsque cet avion qui vous ramènera au Canada aura enfin décollé, ces personnes à Lima, à Mexico, à Delhi ou ailleurs retourneront à l’ambassade pour organiser le prochain vol avec cette angoisse intérieure qui nous travaille sans arrêt de pouvoir mieux organiser la prochaine évacuation, sachant que des centaines de leurs compatriotes attendent impatiemment de rentrer à la maison.

Il ne faut pas oublier que ces agents à l’étranger vivent aussi la crise de la COVID-19 avec le lot de défis que cela apporte dans chaque pays.

Malgré tout, ils demeureront en poste dans nos missions à Lima, à Mexico, à Delhi ou ailleurs, parce qu’il y a encore de nos compatriotes qui attendent impatiemment qu’on leur vienne en aide.

Je les salue, ces mal-aimés, et leur dis merci. Ils le méritent bien !