En voyant la situation évoluer chez nous, en Italie, en Espagne et à New York, nous savons que la lutte pour enrayer la propagation de la COVID-19 testera les limites de notre système de santé.

Bob Bell, Philippe Couillard et Rob Lawrie
Membres du conseil d’administration de la Société canadienne du cancer*

Cette perspective est particulièrement inquiétante pour plus de 1 million de Canadiens et de Canadiennes touchés par le cancer. En plus de se heurter aux difficultés associées à ce diagnostic, ceux-ci, celles-ci apprennent maintenant que leur plan de traitement pourrait être modifié.

Alors que des interventions chirurgicales sont annulées, que des rendez-vous sont reportés et que des examens sont retardés, il est possible que les personnes atteintes de cancer deviennent des victimes collatérales de la COVID-19.

Faisant partie d’une population à risque élevé dont le système immunitaire est affaibli, ces personnes sont plus vulnérables au virus.

Elles dépendent grandement d’un système de santé absorbé dans la lutte contre la pandémie, des organismes communautaires débordés et du soutien affectif de familles et d’amis qui doivent désormais se tenir à distance.

Les contrecoups immédiats de la COVID-19 subis par les personnes atteintes de cancer sont faciles à comprendre, mais quelles seront les répercussions à plus long terme ? Une fois la pandémie terminée, quelle sera l’ampleur du retard accumulé ? Les patients dont le traitement a été reporté joueront contre la montre, espérant que leur maladie ne s’est pas propagée. Si le travail de nos chercheurs est retardé, l’amélioration continue des traitements du cancer ralentira.

En ces temps difficiles, nous devons gérer les conséquences chaotiques de la pandémie sur nos familles et notre travail. Les personnes atteintes, leurs aidants et leurs proches sont bien au fait de ses effets actuels et des incertitudes qui s’annoncent.

Lorsqu’un être cher ou vous-même êtes atteint de cancer, le temps s’écoule différemment. Il se mesure en heures, en jours et en semaines. On compte les nuits passées éveillé et les moments passés avec nos proches. Alors que les Canadiens suspendent leurs activités, imaginez à quel point il est difficile pour les personnes atteintes de cancer de prendre ce temps d’arrêt.

Qu’arrivera-t-il si des organismes créés spécialement pour soutenir les personnes atteintes de cancer sont affaiblis au moment où ces dernières en ont le plus besoin ?

On pourrait croire qu’un organisme de la taille de la Société canadienne du cancer (SCC) serait moins touché, mais en réalité, les conséquences de la pandémie sont dévastatrices. Elles pourraient mettre en péril la stabilité d’une infrastructure de soutien qui a mis des décennies à se construire. Avril est le mois de la jonquille, la période de l’année où 27 000 bénévoles de plusieurs communautés au pays amassent des fonds pour permettre à la SCC d’offrir de l’information fiable et du soutien aux personnes atteintes de cancer et à leurs familles. Cependant, nos bénévoles doivent aussi rester à la maison et des centaines d’évènements de collectes de fonds sont annulés. Nous prévoyons une baisse des dons d’environ 100 millions pour l’année en cours, ce qui représente plus de la moitié de notre budget. Il s’agit du plus grand défi financier que nous ayons eu à affronter depuis notre création en 1938.

À la SCC, les jonquilles sont devenues numériques et les enfants de nos camps se rassemblent autour d’un feu de camp virtuel. Notre ligne téléphonique sans frais fournit de l’information cruciale sur le cancer et contribue à réduire l’anxiété et à briser l’isolement. Les personnes atteintes, les survivants et les aidants bénéficient de nouveaux moyens de tisser des liens. Nous trouvons des solutions créatives pour aider ceux et celles qui ont besoin de nous ; ainsi, des progrès étonnants en matière de soins virtuels ont été réalisés au cours des quatre dernières semaines. Les travailleurs et travailleuses de la santé méritent toute notre admiration. Tous et toutes s’unissent pour venir en aide aux personnes touchées par le cancer.

Malgré cette épreuve, la Société canadienne du cancer sait que le rôle qu’elle joue pour aider les personnes atteintes de cancer n’a jamais été aussi important.

Nous travaillons de concert avec les gouvernements pour trouver rapidement des solutions qui permettront de maintenir le soutien offert aux Canadiens touchés par le cancer durant ces moments difficiles.

Pendant que le monde entier est aux prises avec cette pandémie, nous constatons comme jamais auparavant que nous avons tous et toutes un rôle à jouer. Chacun de nous avec les gouvernements, les entreprises et les autres organisations philanthropiques doit trouver de nouvelles manières de collaborer.

Alors que nos gouvernements naviguent sur des eaux inconnues et nous offrent généreusement leur aide, nous savons qu’ensemble nous pourrons traverser cette tempête.

* Bob Bell, ancien sous-ministre de la Santé de l’Ontario ; Philippe Couillard, ancien premier ministre du Québec ; et Rob Lawrie, avocat d’entreprise et président de la Société canadienne du cancer