Le 13 mars, alors que j’étais en stage de psychiatrie à l’Hôpital général juif de Montréal, j’ai reçu un message de la faculté de médecine de l’Université McGill annonçant que les externes allaient être retirés des hôpitaux jusqu’à nouvel ordre.

Anne Bouthillier Anne Bouthillier
Étudiante de troisième année en médecine

La raison ? Vous l’aurez deviné : la COVID-19. Je m’y attendais : l’Université de Montréal avait envoyé un message similaire à ses externes peu de temps avant. Nous devions terminer nos gardes de la fin de semaine et à partir du lundi suivant, nous serions en congé forcé. Par « nous », je parle des externes. 

Un externe, c’est un étudiant en médecine qui en est à son avant-dernière ou à sa dernière année d’études. Nous faisons des stages dans tous les grands domaines de la médecine, ce qui nous permet de mettre en pratique les notions théoriques étudiées préalablement. Le tout est, bien sûr, effectué sous la supervision de médecins cliniciens œuvrant dans les hôpitaux de la province.

Depuis notre retrait des hôpitaux, c’est sur Facebook que les étudiants des quatre facultés de médecine québécoises se remuent les méninges pour se rendre utiles. Certaines initiatives déjà lancées par des étudiants en médecine d’autres provinces canadiennes ont été imitées au Québec : du tutorat entre étudiants en médecine et, pour les élèves du secondaire, du gardiennage pour les enfants des professionnels de la santé et du bénévolat dans de multiples organisations. Une résidente en santé publique a lancé un appel aux externes pour aider avec les enquêtes de cas. Plus de 170 externes ont manifesté leur intérêt.

La première raison de ce retrait était de concentrer les efforts des hôpitaux sur les services essentiels pendant la pandémie. Cela va de soi. Pourtant, les médecins avec qui j’ai travaillé lors de ma dernière garde aux urgences m’ont dit que notre absence leur pèserait beaucoup dans les circonstances. En tant qu’externes, malgré notre relative inexpérience, nous nous impliquons avec vigueur auprès des soins aux patients : entre autres, nous voyons le patient de façon indépendante, faisons une courte revue de la littérature lorsque nous ne sommes pas familiers avec le cas, écrivons les notes de suivi, identifions les tests à privilégier et les traitements à suivre. La seconde raison de ce retrait était de nous protéger contre la COVID-19 et d’éviter que nous, les jeunes, soyons des vecteurs de transmission dans la communauté.

Selon le Collège des médecins, plus de 25 % des médecins actifs au Québec ont plus de 60 ans. Notre présence en activités cliniques peut réduire l’exposition de ces médecins au virus, eux qui risquent d’y réagir plus sévèrement qu’un jeune étudiant. Il est toutefois vrai que nous sommes un vecteur de transmission additionnel pour le virus. Je suis convaincue que les facultés de médecine ont sérieusement réfléchi avant de nous retirer des hôpitaux.

Au début de la pandémie, les cas au Québec se comptaient sur les doigts d’une main : nous étions en mode prévention. Maintenant, la crise est en ébullition : nous sommes passés au mode action. Dans le cas où les médecins au front seraient atteints de la COVID-19, ce sont d’autres médecins dont des spécialistes dans différents domaines qui se verront attribuer leurs fonctions. Certains d’entre eux n’ont pas fait de médecine générale depuis leur cours de médecine ; ça peut être déstabilisant au début. Je suis certaine que les externes, eux qui ont récemment fait des stages dans différents domaines, pourraient leur prêter main-forte.

Je pense qu’il nous faut réévaluer quotidiennement si les risques de l’implication des externes surpassent les bénéfices qu’elle entraîne.

Oui, la COVID-19 est une maladie infectieuse. Mais il faut comprendre que tous les domaines de la médecine y sont touchés, directement ou indirectement. Si notre aide n’est pas en milieu clinique, nous pouvons aider à faire des évaluations téléphoniques chez les aînés confinés à domicile et qui, peut-être, manquent leurs rendez-vous médicaux. Nous pouvons apporter notre aide de façon similaire pour les évaluations en psychiatrie auprès des patients pour qui la crise, le confinement ou la panique générale engendre une décompensation de leurs symptômes. Les occasions sont sans limites.

Je crois donc qu’il faut réévaluer le rapport risque-bénéfice de la décision de nous retirer des hôpitaux alors que la pandémie évolue, et ainsi repenser la façon dont les 1500 externes du Québec peuvent aider. Je suis une externe junior et je termine donc la troisième année d’un doctorat de quatre ans. Les externes séniors, quant à eux, deviendront médecins dans quelques mois. 

Nous pouvons faire une différence pour combattre la pandémie et le Québec en sortirait gagnant.

La meilleure formation que le Québec puisse offrir à ses futurs médecins, c’est de leur permettre de se mettre au service des Québécois, quelles que soient les circonstances. C’est ce pour quoi nous avons choisi la médecine comme profession.