« Il ne faut jamais gaspiller une bonne crise », aurait écrit Winston Churchill. S’il y a quelque chose à tirer de la COVID-19, c’est bien la présence dans notre système de santé et de bien-être d’une organisation de santé publique alerte, compétente et puissante.

Camil Bouchard Camil Bouchard
Auteur d’Un Québec fou de ses enfants

Lors de mon témoignage devant la Commission sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse (commission Laurent), le 26 novembre dernier, j’ai proposé que l’on fasse de la lutte contre les mauvais traitements envers les enfants une priorité nationale de santé publique. Du même souffle, j’ai avancé que les directeurs de la santé publique devraient assumer la responsabilité de cette lutte. Ce à quoi nous assistons présentement m’encourage à maintenir cette proposition.

Vrai, notre attention est présentement quasi exclusivement centrée sur la COVID-19. Mais, durant ce temps, la commission Laurent continue discrètement ses travaux. Toute cette lancinante question des mauvais traitements envers nos enfants demeure un enjeu qui nous attend au sortir de cette crise. Et la lutte que nous menons contre le coronavirus peut inspirer celle que nous devons mener contre la maltraitance envers les enfants. Nous sommes déjà en mesure d’en tirer quelques enseignements importants.

Premier enseignement : comme dans le cas du coronavirus, il nous faut sortir du déni, reconnaître que nous faisons face à un problème majeur et, sans plus tarder, engager une lutte de tous les instants contre la maltraitance envers nos enfants.

Nous devrions fixer un objectif annuel ambitieux de réduction des mauvais traitements envers nos enfants et en faire un enjeu national de santé publique.

Un tel engagement nous obligerait à rehausser de façon draconienne les services de proximité et de prévention auprès des familles les plus vulnérables. C’est là que nous pouvons faire une vraie différence.

Deuxième enseignement : la crise associée à la COVID-19 nous fait clairement la démonstration que le peuple québécois est capable d’un élan irrésistible de solidarité et de cohésion, mais qu’il lui faut un leadership franc, honnête, éclairé et responsable pour amorcer et maintenir un tel élan.

Besoin de leadership

Présentement, aussi bien sur le plan national que régional, il n’y a personne de responsable de la lutte préventive contre les mauvais traitements envers nos enfants. Personne, aucun leadership. Comme dans le cas de la COVID-19, je persiste à penser que ce leadership devrait être assumé par la Santé publique, aussi bien sur le plan régional que national.

La Loi de la santé publique prévoit déjà, à l’article 55, qu’un directeur régional de santé publique dispose de tous les pouvoirs pour « demander formellement aux autorités dont l’intervention lui paraît utile de participer avec lui à la recherche d’une solution […] Les autorités ainsi invitées sont tenues de participer à cette recherche de solution ». Ce type de leadership exercé par les directeurs régionaux et déjà inscrit dans une loi m’apparaît absolument indispensable. Comme m’apparaît essentiel le leadership du directeur national de santé publique qui, on le voit bien, peut faire usage de pouvoirs exceptionnels lorsque la santé et le bien-être de sa population sont menacés.

Troisième enseignement : les directeurs de santé publique ne peuvent y arriver seuls. La population doit être mise dans le coup.

Les interventions répétées du directeur de la santé publique, M. Arruda, et du premier ministre Legault dans le cas de la COVID-19 sont un excellent exemple à cet égard. La population doit être très assidûment informée de l’état de la situation, alertée ou rassurée quand nécessaire, engagée de plain-pied dans une lutte sans merci contre le virus de l’abus et la négligence envers ses enfants. Le rôle des médias, comme dans avec la COVID-19, devient dès lors essentiel ; ils doivent être en mesure de faire état avec régularité, constance et rigueur de l’évolution de la situation, tant sur le plan national que régional parce qu’on les aura alimentés de données fiables. Une lutte nationale contre la maltraitance envers les enfants ne peut faire l’impasse sur cet enjeu de communication sociétal.

Quatrième enseignement : pour répondre à l’urgence de mieux protéger la santé, le développement et la sécurité de tous les enfants du Québec, l’État doit s’engager à soutenir adéquatement les efforts de la santé publique et des intervenants mobilisés dans des programmes et services de prévention éprouvés. Il faut voir ce que nous dégageons comme marge de manœuvre financière dans le cas de la COVID-19 pour comprendre que nous avons aussi les moyens de soutenir une lutte implacable contre la maltraitance envers nos enfants.

La présente lutte contre la COVID-19 fait la démonstration de notre formidable capacité à nous mobiliser dans un élan national de protection de notre santé devant une épidémie. Cela nous donne espoir de relever avec autant de vigueur la lutte contre le virus des mauvais traitements envers nos enfants.