La crise créée par la COVID-19, dont le caractère mondial nous apparaît unique, révèle des caractéristiques particulières de nos sociétés post-industrielles. En particulier, la mondialisation néo-libérale, qui est combattue depuis de nombreuses années par les forces progressistes qui s’y opposent, apparaît aujourd’hui pour ce qu’elle est, inhumaine et destructrice de la planète.

Yolande Cohen Yolande Cohen
Historienne, UQAM

Cette mondialisation, qui s’est érigée sur les ruines du système de solidarité mis en place après la Seconde Guerre mondiale, a tenté de démanteler une à une les principales institutions des États-providence, comme les systèmes de santé et d’éducation publics, qui ont résisté tant bien que mal et selon les pays à ces coups de boutoir.

Rescapés eux aussi de la mondialisation, les États nationaux, bien qu’affaiblis, répondent en ordre dispersé à la pandémie, chacun pour soi, rétablissant des frontières illusoires alors que le virus circule partout.

Les grandes organisations internationales, comme l’Organisation des Nations unies, l’Organisation mondiale de la santé, le Fonds monétaire international, le Bureau international du travail, etc., créées aussi pour se doter de mécanismes de solidarité mondiale, ne sont pas à même de coordonner la réponse à la pandémie. Elles compilent au mieux des statistiques, font des études, et suggèrent des moyens de se protéger et de combattre la pandémie. Bref, on voit bien que face à cette crise sanitaire et économique mondiale, la réponse politique nationale reste incomplète.

Pourtant, beaucoup d’indices laissent entrevoir une autre façon de faire et pointent en direction d’un autre type de mondialisation, basée sur la solidarité humaine plutôt que sur la croissance du profit. C’est un faux dilemme que d’opposer, comme le fait ces derniers jours Donald Trump, que d’opposer développement économique et santé publique.

Depuis la collaboration instantanée des chercheurs à travers le monde pour trouver un nouveau vaccin ou traitement, jusqu’aux échanges d’informations et de données ouvertes sur les réseaux sociaux par les artistes, les créateurs et créatrices de contenu… les initiatives solidaires se multiplient.

Une nouvelle éthique

Plus fondamentale encore, la réactivation des réseaux élémentaires d’interdépendance entre humains s’est avérée essentielle dans le combat contre la pandémie. En effet, le souci des autres vulnérables est désormais le mécanisme essentiel du soin apporté aux populations touchées par la pandémie. Partout se mettent en place les équipes de soin, professionnelles et bénévoles, où l’éthique du care comme modalité de relation aux autres pour leur entretien et leur survie apparaît comme la norme qu’il s’agit de pratiquer et de partager.

De nombreuses féministes, qui ont à leur actif d’avoir largement identifié cette éthique du care comme alternative aux politiques néo-libérales, ont posé les jalons de ce combat.

Il s’agit donc de faire reconnaître à sa juste valeur le travail de care, qui jusqu’ici non seulement est majoritairement féminin, mais continue d’être dévalorisé et sous-payé.

Que ce soient les infirmières, les travailleuses en garderie, les enseignantes, les secrétaires, les ménagères, etc., toutes ces femmes contribuent par leur travail, mal rémunéré et souvent gratuit, à entretenir le corps social. 

Aujourd’hui au cœur du dispositif de soutien à la santé publique, cette éthique du care doit apparaître pour ce qu’elle est, une politique essentielle de maintien de la vie face à la pandémie. Il nous faut en prendre acte dans notre vision d’un autre type de développement économique, d’une autre mondialisation, plus solidaire, plus écologique. En insistant sur l’importance de la relation aux autres, vulnérables, comme fondement de la solidarité sociale, nous pouvons envisager l’interdépendance mondialisée comme un moyen de diminuer toutes les formes d’inégalités. C’est à ce prix qu’une mondialisation responsable et solidaire peut advenir.