La place omniprésente des médias au quotidien est d’une telle ampleur dans nos vies qu’on finit par en oublier banalement sa réelle valeur.

Rosemonde Gingras Rosemonde Gingras
Présidente de Rosemonde Communications

Comme on le fait souvent d’ailleurs avec un employé ultraperformant ou un grand amour. On sait que ça vaut son pesant d’or, mais on en vient à considérer cette chance comme un dû. Jusqu’à ce que… une crise survienne !

Depuis plusieurs années, les dirigeants des médias s’évertuent à démontrer l’importance de l’information et son rôle capital dans la vie en société. Les campagnes de financement se multiplient et toutes les stratégies d’adaptation pour permettre de survivre sont déployées.

Si les revendications des médias peuvent paraître abstraites pour certains, il faut reconnaître qu’en temps de crise, le rôle crucial des médias dans nos vies personnelles et dans l’organisation de la vie en société paraît plus clair que de l’eau de roche.

On voit bien, sans procéder à de savantes analyses, que les deux grandes dimensions dominantes des médias dont la population a une soif presque sans fin comblent le besoin de s’informer et de se divertir. Et qu’il s’agit là de services essentiels. On se réjouit d’ailleurs que nos dirigeants, au cœur de la gestion de cette crise, les utilisent à bon escient pour communiquer le plus efficacement possible une stratégie mise en place pour sauver des vies.

Une conversation qui n’a pas eu lieu

Il est donc alarmant de constater à quel point la réelle conversation d’envergure à ce sujet n’a pas eu lieu en 2019. Il y a bien sûr eu des dizaines de comités et de commissions parlementaires, à Québec comme à Ottawa, des tonnes de rapports, mais qui, pour la plupart, dessinent finalement des « solutionnettes » aussi blêmes qu’un patient aux soins intensifs. Pas plus tard que cette semaine, Patrimoine Canada a annoncé des mesures de soutien si minces qu’on se demande si le ministre Steven Guilbeault saisit bien l’ampleur de la conjoncture et l’intensité de ses répercussions négatives à très court terme.

Avant de parler d’équilibre démocratique ou de contre-pouvoir, rappelons de façon plus terre à terre que la santé de nos médias n’est pas sans lien avec la santé de notre population. Il en tient au bien-être de notre monde, au bon fonctionnement de nos vies collectives et à l’intérêt que l’on porte l’un à l’autre tout autant qu’à la mise en valeur des activités économiques et des industries touristiques et culturelles.

Par la force des choses, pour moi et comme pour des milliers d’autres stratèges en communication au pays qui veillent à la visibilité de sa clientèle dans les médias, chaque appauvrissement du cadre journalistique apparaît clairement bien avant que le commun des mortels puisse en saisir les réelles pertes.

Si les diminutions massives des sources de financement dans les médias touchent assurément à un moment ou l’autre la marge de manœuvre de ces derniers, je suis sensible au sentiment de la grande majorité des citoyens pour qui la situation des médias est une réalité plutôt impalpable.

J’implore donc ici les citoyens en pleine quarantaine, entre deux points de presse de l’un de nos premiers ministres, à se questionner tout doucement, mais pour vrai, sur l’appréciation qu’ils ont du cadre médiatique présent au Canada.

Que ferions-nous en ce moment si délicat sans l’apport des médias ?

Que ce soit pour s’informer ou se divertir, nous aurions tort d’imaginer que parce qu’on s’abreuve de tonnes de contenus sur des plateformes gratuites de réseaux sociaux, que ces contenus sont générés comme par magie, sans frais. Et nous aurions encore plus tort de récompenser financièrement ces plateformes par du placement publicitaire sans que les réels « anges gardiens » de l’information et du journalisme ne puissent recevoir le retour qu’ils méritent en tant qu’extraordinaires garde-fous de notre vie collective et parfois aussi de notre santé mentale.

Déroulez quelques dollars

Pendant que vous lirez vos nouvelles du samedi dans les pages des grands quotidiens, quand vous suivrez pas à pas ce week-end l’évolution de cette crise qui nous tient enfermés, je vous invite amicalement à ouvrir votre cœur et aussi un peu votre portefeuille afin de contribuer aux diverses campagnes de financement des médias. Déroulez quelques dollars en imaginant un tapis de papier de toilette aussi duveteux qu’un rang de Cottonelle, si ça vous apaise.

Mais, plus important encore, en ces temps difficiles où chaque dollar dépensé compte, je suggère qu’une fois la crise passée, on s’interroge tous ensemble sur la valeur réelle qu’on accorde à ces services essentiels et sur la façon dont ce journalisme de qualité représente le pays dans lequel nous voulons continuer de vivre.

Il est de bon ton, ces dernières années, de critiquer les affres du président américain et une partie du système médiatique qui le soutient alors que pendant ce temps, on laisse dépérir de grandes entreprises de presse québécoises et, avec elles, non seulement des milliers d’emplois, mais aussi une partie de notre dignité comme société démocratique, ouverte aux autres et solidaire, soucieuse de la valorisation de ses entreprises locales.

Quand on parle d’acheter québécois, c’est aussi de nos médias dont il peut être question. 

Les manières de les soutenir, et par le fait même d’encourager une conversation à notre image, sont nombreuses : dons en ligne aux différents quotidiens, abonnements aux magazines, et j’en passe.

Si la transformation numérique globale a modifié notre économie au point de mettre en péril notre futur accès à de l’information de qualité, il n’est pas interdit, à la veille de grands plans de relance économique, entre nous, ici au Québec et au Canada, de s’opposer à cette standardisation et de nous mobiliser comme nous savons si bien le faire en temps de crise afin de protéger une dimension si efficacement positive de notre vie collective. Il n’en tient qu’à nous.