Notre collaborateur Marc Séguin vous propose une réflexion sur d’autres aspects du quotidien.

Marc Séguin  Marc Séguin 
Peintre, romancier et cinéaste

Un peu de balai sur la galerie et du ramassage d’eau d’érable hier. Et nourrir les oiseaux. Les sauvages comme les domestiques. D’ailleurs, les poules ont fière allure ce printemps. Toutes belles, en plumes neuves. Elles ont recommencé à pondre. Inconscientes de leur valeur.

Pour ceux qui l’ignorent, dans un système à peu près normal, elles ralentissent et cessent de faire des œufs lorsque la lumière disparaît fin novembre. Jusqu’au printemps. Dans la vraie de vraie nature, les oiseaux sauvages (les femelles, on s’entend) ne pondent qu’au printemps. L’ovulation (un œuf) est déclenchée par la lumière. Pour faire les coquilles, elles mangent du sable, – de la silice, du calcium –, et les œufs apparaissent dans le nid. Pour avoir des petits, Monsieur oiseau fait ce qu’il doit faire à chaque fois qu’un œuf se prépare à sortir. Dans le cas des poules pondeuses, et le monde qu’on connaît, on trafique un peu la patente en leur donnant une moulée de ponte (avec minéraux et parfois un peu de poudre de Perlin-pinpin). Comme ça, tout le monde peut avoir une douzaine d’œufs dans son frigo et le monsieur de la santé publique peut cuisiner des tartelettes portugaises le week-end pour rester à flots en attendant que la fin du monde soit finie.

Parenthèse : c’est aussi dans les œufs de poules qu’on développe les vaccins de la grippe (influenza). Quelque 360 000 œufs par jour pendant la saison de production des vaccins. Par jour !!!

Un peu long à expliquer, mais c’est comme ça. Allez lire, c’est fascinant. Peut-être que le vaccin qu’on attend tous viendra aussi des poulaillers. On pense à elles.

On revient. Quand j’entre dans le poulailler, toutes les fois, je demande : ça roule, les poules ? Elles n’en font pas de cas mais elles sont contentes, parce que même s’il y a un monsieur poule (un coq), j’accorde le genre avec le nombre. Y a des autrices qui seraient heureuses de cette mise « au code ».

Imaginez si on avait permis d’avoir des poules dans tous les quartiers urbains des grandes villes. J’espère qu’on y pensera quand on reviendra du bout du monde.

Parce que hormis les vaccins, les œufs servent aussi à faire un million de choses. Entre autres : des omelettes, des gâteaux, des œufs dans le sirop, des meringues (beurk) et des poussins.

J’ai commencé à voler les œufs des poules couveuses hier. Comme tous les printemps. Pour les mettre dans l’incubateur. Une couveuse, c’est une poule qui couve les œufs. Une sur douze à peu près. Comme partout ailleurs, y en a des meilleures que d’autres. Et y en a même une cinglée qui me picosse et crie quand je la tasse pour prendre les œufs sur lesquels elle est assise. « Eille la cocotte, merci », je dis.

Comme ça, depuis 2004, c’est la même race, que je perpétue. Une trentaine de Chanteclerc. De temps en temps, faut mélanger les sangs avec une ou deux nouvelles poules de la même famille, mais d’une autre souche, venues d’ailleurs. Un peu comme un virus, mais dans le bon sens. Une sorte de science évidente et utile.

Hier matin, c’est les enfants qui ont rapporté les œufs, et y en a plusieurs qui n’iront pas dans l’incubateur. L’envie de vivre l’a emporté sur la survie. C’est bon signe, non ?

Tout ceci pour dire que, ce printemps, c’est bon en t… des œufs brouillés ou au plat. De grâce, pas avec de l’huile d’olive. Avec du beurre.