Notre collaborateur Marc Séguin vous propose une réflexion sur d’autres aspects du quotidien.

Marc Séguin Marc Séguin
Peintre, romancier et cinéaste

Moins 11, dimanche matin. Ciel bleu, sec et clair. Du givre sur la pelouse et la voiture. Vision d’automne. Avoir le temps d’y penser surtout.

Fixer le voyant lumineux et attendre que la machine à café me dise qu’elle est prête. J’ai ouvert la télé et j’ai regardé les actualités à peine quelques minutes, juste le temps d’en être encore saturé. Le sevrage est commencé. Je n’en peux plus. Faudrait qu’on se donne la main et qu’on parle d’autre chose, en même temps.

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« Les roches ont poussé aussi cet hiver ; le gel les a fait sortir de la terre. »

Suis allé reconduire la plus vieille à l’épicerie du village pour le travail. Personne sur les routes. Personne dans les rues.

Au retour, suis allé couper et fendre du bois. Se défouler. Ça va mieux, on dirait, quand c’est par le corps qu’on sublime. Faire passer par des tâches physiques. En faisant davantage de pauses qu’en temps normal. Ne pas trop suer, à moins 10, « pour ne pas pogner la grippe » (y a encore des gens qui croient que c’est le froid qui rend malade). Peut-être faudrait-il qu’on répète encore certaines consignes quelques milliards de fois de plus.

C’était encore l’hiver. Les trous d’eau de la veille – fonte et pluie – étaient tous gelés.

De temps en temps, un enfant se pointe et vient aider, pour le bois. On embarque ça dans un trailer et on le corde à la maison. Tout ce qui est fait ce printemps sera une avance prise sur l’automne à venir. Si jamais il y en a un (je souris ici).

« Ça va finir quand, tu penses ? »

C’est le plus jeune qui demande.

« Probablement quand il va y avoir un vaccin. Ou quand on sera épuisés morts d’en parler. »

En dedans, je me suis surpris à penser que j’aimais profondément ce confinement. Mis à part les dommages humains, je n’y vois que des beautés : avoir du temps, lire, dormir, écouter les autres, parfois se faire entendre. Repenser momentanément le système. Et soustraire un peu d’illusions inutiles à ce qu’on est.

Je lis beaucoup de poésie. Tous les jours. Allez dans les librairies, ou commandez en ligne, câline, tenir un livre est un geste de grande résistance, mais pour un livre, ça vaut la peine de risquer sa vie et celle des autres (!!!). Maude Veilleux, Jonathan Lamy, Simon Painchaud, Sarah Brunet Dragon, Virginie Chaloux-Gendron, Odile-Marie Tremblay…

Je répète : j’aime beaucoup cet isolement. A-t-on le droit de le dire ?

L’ail est pointé dans le potager. Les roches ont poussé aussi cet hiver ; le gel les a fait sortir de la terre. Va falloir les ramasser, une autre corvée heureuse et silencieuse, pleine de poésie.

J’oubliais, le plus beau dans cette journée froide : j’ai brisé, en sautant à pieds joints, toutes les glaces des trous d’eau avant les enfants ce matin-là. Gna, gna…