En ces temps de COVID-19 et d’inquiétude et de fébrilité collective, il est peut-être nécessaire de se demander comment nous pouvons collectivement maximiser notre résilience afin de mieux traverser cette période d’incertitude.

Pascale Brillon Pascale Brillon
Professeure au département de psychologie de l’UQAM

Comment nous aider à tous vivre ce moment plus sereinement ? Qu’est-ce que la science sur la résilience peut nous apprendre en ces moments anxiogènes ?

D’abord, définissons la résilience comme la capacité à nous adapter et à rebondir en période d’adversité. Il s’agit des habiletés permettant de traverser une épreuve avec le plus d’adaptabilité possible. Les études montrent que la résilience est corrélée à la souplesse (émotionnelle et cognitive), un brin de positivisme réaliste et une capacité à faire face aux événements douloureux de façon calme, mais proactive.

Voici ici comment, grâce à la littérature scientifique et clinique, nous pouvons augmenter notre résilience naturelle.

Entretenons notre évaluation d’autoefficacité

Sachons que la résilience est liée à notre évaluation d’autoefficacité. Il s’agit d’une évaluation de notre capacité à traverser cette épreuve. Rappelons-nous que nous pouvons nous adapter, que nous sommes entourés, conseillés. Rappelons-nous que la vie est faite ainsi : faire face à des épreuves est normal et il ne sert à rien de nous braquer contre cet état de fait. Rappelons-nous aussi que nous avons été capables de traverser des épreuves avec succès dans le passé et que nous pouvons nous fier à nos capacités d’adaptation pour celle-ci aussi.

Tolérons l’incertitude

Nous ne savons pas encore comment la situation va évoluer au Québec et au Canada. Beaucoup d’incertitude plane et aucun expert ne pourrait nous dire ce qui nous attend demain ou la semaine prochaine. 

Faisons ce qui est en notre pouvoir pour nous préparer selon ce qui nous est conseillé (J’annule un congrès à l’étranger ? Je me lave les mains ? Je fais un peu de provisions raisonnablement ?), puis ensuite… tolérons le fait que nous ne savons pas. 

Permettons-nous le flou, le vague. Et ce, tout en nous rappelant que nous serons fixés bientôt. Et que l’épreuve sera temporaire.

Recherchons une information de qualité

Évitons les médias qui utilisent des mots dramatisants ou qui minimisent les nouvelles positives. Recherchons une information de qualité, basée sur la science, qui propose des stratégies concrètes. 

Nous n’avons pas besoin de nous sentir dépassés par une catastrophe incontrôlable annoncée, ce qui augmenterait notre sentiment de panique, ou d’impuissance acquise, ou de déni. Au contraire, nous avons besoin de sentir que nous comprenons mieux ce qui se passe et que nous pouvons faire des gestes concrets pour nous aider.

Recherchons les médias qui augmentent notre sentiment de contrôle et d’autoefficacité et qui sont capables de donner du temps de qualité à des nouvelles encourageantes (et ce, sans tomber dans le positivisme ridicule, bien sûr).

Rappelons-nous les faits

Gardons en tête ce que les infectiologues nous disent et ce que nous pouvons apprendre de l’expérience chinoise. Les chiffres à ce sujet montrent que dans un pays de 1,4 milliard d’habitants, près de 80 000 personnes ont été contaminées… et que, conséquemment, une immense population a été épargnée.

Nous savons aussi que les taux de guérison sont plus élevés que prévu. Nous savons aussi que plusieurs mesures prises par les gouvernements fonctionnent. 

Revenons aux faits et à la science quand on se sent emportés par l’inquiétude, la catastrophe ou la panique.

Faisons confiance

À notre système immunitaire, d’abord. À nos comportements ensuite, puisque nous suivrons les consignes prescrites par la santé publique. Puis à nos dirigeants qui semblent préparés, qui ont le bien-être de la population à cœur et qui prennent des mesures pour nous protéger.

Faisons aussi confiance à nos médecins et à notre système de santé. Bref, abandonnons-nous aux experts quand nous sentons que nous ne maîtrisons pas toutes les données de la situation.

Soyons souples face aux adaptations nécessaires

Nous devrons peut-être être mis en quarantaine ou en isolement. Nous devrons sûrement nous ajuster au travail, à la maison, face à nos loisirs. C’est dérangeant. Et parfois même vraiment perturbant ou douloureux. Dans toute cette tourmente, rappelons-nous que nous serons capables de traverser cette épreuve.

Nous trouverons même (peut-être) des occasions dans ces changements. Nous pourrons même a posteriori (pourquoi pas ?) être fiers de ce que nous avons été capables d’accomplir en tant que famille, organisation ou société. Laissons tomber nos exigences et notre rigidité ; c’est le moment d’être plus souples et adaptatifs et de prendre les choses en relativisant nos priorités.

Augmentons notre solidarité collective

Cela peut vouloir dire agir en bons citoyens pour protéger les autres. Et aussi s’ouvrir à ceux qui sont plus démunis, moins préparés, mis en quarantaine ou souffrants.

La bienveillance et l’ouverture sont associées à une meilleure capacité à traverser l’adversité. Elles reflètent le meilleur de nous, de la nature humaine, de notre société. Elles sont associées à une plus grande résilience.

Je nous souhaite à tous de bien traverser ce moment d’adversité et d’en profiter pour mieux comprendre et maximiser notre résilience.

* L’auteure est directrice du Laboratoire de recherche trauma et résilience.