Jeudi dernier, je suis allé au Parcours du Cerf, croyant aller entendre la mairesse de Longueuil, Sylvie Parent, parler de son projet de tramway.

Félix-Antoine Joli-Cœur Félix-Antoine Joli-Cœur
Consultant et entrepreneur

Ce qu’elle a livré est plutôt une vision urbaine et moderne de Longueuil, cinquième ville en importance au Québec, mais troisième agglomération après Montréal et Québec.

Deux choses étaient frappantes. La première est le contraste entre son approche et celle de Montréal.

Dans l’île, on nous a habitués depuis 10 ans aux débats qui mettent en compétition tel ou tel mode de transport. Projet Montréal, le parti qui dirige aujourd’hui la Ville de Montréal, est né de la promesse de doter la métropole de 275 kilomètres de tramway. Puis, lors du changement de leadership qui a amené Valérie Plante à la tête du parti et, ensuite, au pouvoir, de faire une nouvelle ligne de métro reliant Montréal-Nord au centre-ville : la ligne rose.

Aux élections précédentes, Mélanie Joly, qui est passée près de voler la mairie à Denis Coderre, avait réussi à générer une discussion autour d’une solution de rechange crédible au métro et au tramway, soit de doter la métropole d’un réseau de SRB de 130 kilomètres, un supersystème de voies consacrées aux autobus comme on en voit à Bogota.

Par contraste, à Longueuil, Sylvie Parent ne s’est pas étendue sur le mode de transport comme tel, soit un tramway reliant le cégep Édouard-Montpetit à la future station Panama du REM, ni sur son corollaire, soit de désengorger les transports est-ouest de la Rive-Sud.

Le discours de la mairesse nous a plutôt fait rêver à un boulevard Taschereau requalifié, densifié et végétalisé, transformé en boulevard urbain appelé à devenir l’épine dorsale de la vie urbaine du territoire. Aussi, le tramway était-il présenté comme le « moyen » qui s’impose pour que cette vision devienne réalité.

Wow ! Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas entendu un leader du Grand Montréal revenir ainsi à la base, soit que les infrastructures de transports en commun ne sont pas que des solutions à la congestion, mais aussi et surtout les outils les plus puissants pour développer nos quartiers et propulser les milieux de vie et le cadre urbain.

La deuxième chose qui m’a frappé est la maturité du discours entourant l’idée que la Rive-Sud est aujourd’hui un pôle urbain en bonne et due forme. Il suffit d’aller se promener à Brossard ou à Saint-Lambert pour voir que le territoire a gardé plusieurs caractéristiques des villes-dortoirs, notamment la dépendance à l’automobile, souvent indispensable pour aller chercher ne serait-ce qu’une pinte de lait.

Mais la densification continue de zones autour de dessertes de transports en commun, par exemple autour du métro ou des trois stations du REM, et le développement continu d’infrastructures stratégiques comme des hôpitaux affiliés, des campus universitaires et des équipements sportifs et culturels majeurs transforment peu à peu le territoire en milieu de vie complet.

Positif et négatif

Cela est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. Une bonne, parce qu’il est souhaitable que la population de la Rive-Sud, qui approche le demi-million de résidants, ait facilement accès à l’éducation supérieure, aux soins de santé et à une offre culturelle de qualité.

Une bonne nouvelle également, parce que cette approche marque une rupture avec l’étalement sans fin du territoire, si bien que Longueuil pourra même devenir une source d’inspiration pour les autres villes du Québec, dont Montréal et ses propres quartiers excentrés.

Une mauvaise, parce que deux éléments font du Grand Montréal une métropole qui se distingue en Amérique du Nord : la force de son identité unique, qui repose en grande partie sur le fait français, et la densité de ses quartiers centraux, presque inégalée parmi les 40 plus grandes villes du continent.

Aussi, s’il ne faut pas punir les quartiers et les villes périphériques au centre de Montréal en les privant d’un développement intégré, il faut s’assurer que les quartiers centraux se développent et continuent à être prédominants dans l’écosystème du Grand Montréal. Surtout, il faut que le territoire se développe avec une certaine vision d’ensemble.

Or, malgré le Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD), qui trace les grandes lignes du développement de la région métropolitaine, force est de constater que la gouvernance régionale est en panne.

L’Agence régionale de transport métropolitain (ARTM), responsable de la coordination régionale de la mobilité, est complètement absente du débat et semble apprendre l’existence des nouveaux projets en lisant les journaux. Aussi, on entend de toute part que sa gouvernance est brisée et divise plutôt que ne rassemble.

La Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), lieu de concertation des élus du Grand Montréal, demeure quant à elle un acteur mineur et marginalisé dans la réflexion stratégique sur le développement du territoire. Tant est si bien que personne n’a jamais pensé renouveler son leadership, qui est demeuré le même depuis sa création en 2001, faisant en sorte que l’organisme appartient davantage au passé qu’à l’avenir.

En somme, écouter la mairesse Sylvie Parent parler du développement de la Rive-Sud a à la fois permis de rêver et de donner un exemple inspirant pour l’avenir du Grand Montréal.