Il y a quelques jours, Radio-Canada a présenté un reportage intitulé « Réforme Roberge : excédés, des enseignants songent à démissionner ». J’ai lu les commentaires qui se trouvaient sous la publication.

Kathya Dufault Kathya Dufault
Ex-enseignante, Lorraine

En vrac : 

« Ils vont démissionner pour faire quoi ? Ils s’en trouveront un travail avec un excellent salaire et deux mois de vacances l’été ! »

« Ben démissionne, il y a des emplois en grand nombre, applique ! »

« Ils en embaucheront d’autres qui veulent enseigner, que les braillards quittent ! »

Et mon préféré: 

« Va travailler, toutoune ! »

Eh bien moi, je l’ai fait. J’ai démissionné après 25 ans d’enseignement.

Tout d’abord, pour rectifier les faits rapidement : 180 jours, c’est le nombre de jours où on enseigne. Lors des 20 journées pédagogiques, les enseignants travaillent à l’école (réunions, planification, correction, photocopies, etc.). La fin de semaine, les profs travaillent de la maison. Les soirs aussi.

L’été, l’école est fermée. Les profs ne travaillent pas, mais ce n’est pas parce qu’ils ne veulent pas. La paye qu’ils reçoivent pendant ces deux mois, c’est de l’argent mis de côté par l’employeur pendant les mois travaillés. Et l’employeur a gardé les intérêts…

Bref, j’ai démissionné.

Pas si facile qu’on le pense, trouver de l’emploi avec un baccalauréat en enseignement du français ! Pendant des mois, j’ai envoyé environ 10 CV par jour. Surqualifiée ? Je ne sais pas si c’était le problème, toujours est-il qu’on ne me rappelait pas. Bibliothèque, secrétariat, hôtellerie… Rien.

J’ai fini par trouver mon bonheur en tourisme.

La différence entre les deux emplois ? La voici.

D’abord, mes 40 heures par semaine sont infiniment moins fatigantes ! Inimaginable !

Ensuite, mon salaire est diminué, en théorie, de plus de la moitié. Dans les faits, quand je reçois ma paye, j’ai plus des deux tiers de mon ancien salaire. Moins de déductions, voyez-vous…

L’assurance ? À des années-lumière de l’ancienne ! Une couverture complète pour toute la famille. Mon employeur en paie une partie : elle est donc moitié moins chère que celle que j’avais comme prof. Moitié du prix pour le double des avantages !

Moins de vacances ? Oui. Mais je suis tellement plus relaxe, alors les congés ne sont plus une nécessité comme avant…

Le point principal

Enfin, le point principal, la différence qui fait toute la différence : l’absence de colère. En enseignement, la colère et la frustration font partie du quotidien. La tristesse, aussi. Tant d’élèves qui ne reçoivent pas les services auxquels ils ont droit… Tant d’élèves découragés… J’emportais cette détresse avec moi à la maison tous les soirs.

Vous savez, les enfants ne sont pas des clients. Ils sont des êtres humains qui veulent avoir la possibilité de prendre un jour leur place dans le monde.

Aujourd’hui, j’ai des clients. Parfois, ils sont fâchés. Ça ne me fait ni chaud ni froid. Ce n’est rien comparé au vécu d’un prof. Mon client, je l’ai oublié lorsque j’arrive à la maison. Pas les petits visages en larmes. Pas les coupes qui empêchent d’avoir du matériel nouveau pour les jeunes en soif d’apprentissage. Pas les yeux découragés de mes collègues devant la liste des élèves à besoin particulier dans leur groupe pour lesquels il y aura du service… sur papier seulement.

Alors, je dis à mes anciens collègues enseignants : il y a une vie après l’enseignement. Elle est belle. Je peux même vous donner quelques trucs pour faciliter vos démarches !

Et à tous ces jaloux qui pensent que c’est la job la plus facile au monde : allez enseigner ! Étonnamment, il y a beaucoup de postes disponibles…