On comprend facilement l’impatience des usagers de la ligne de train de banlieue de Candiac, victimes collatérales des manifestations en appui aux représentants de la nation wet’suwet’en.

Félix Rhéaume Félix Rhéaume
Ex-directeur du cabinet du ministre responsable des Affaires autochtones

Pour le résidant de la Rive-Sud qui veut simplement prendre les transports en commun pour se rendre au travail, le lien entre un projet de pipeline en Colombie-Britannique et le blocage d’une voie ferrée à l’autre bout du pays n’est pas nécessairement évident.

On ne peut cependant résoudre une telle situation sans également comprendre l’autre partie, et pour ce faire, il faut essayer de se mettre à sa place.

Les Mohawks de Kahnawake ont vécu le phénomène de l’étalement urbain avant l’heure.

Établi au XVIIsiècle dans la Seigneurie du Sault–Saint-Louis, le territoire de Kahnawake a fondu graduellement au profit de ce que sont aujourd’hui Saint-Constant, Sainte-Catherine, Delson et Candiac.

À l’intérieur même de ce qui est devenu la réserve de Kahnawake, ils se sont fait imposer une voie ferrée, le pont Mercier, la route 138 et la voie maritime qui a laissé ce que les Mohawks désignent comme le « North Wall » (l’île Maline, la frontière nord de Kahnawake).

L’histoire de Kahnawake, c’est aussi la crise d’Oka, qui a laissé de profondes marques sur les relations entre la communauté et ses voisins.

Au milieu des années 90, j’ai joué au hockey mineur contre Kahnawake. Certains parents de notre équipe refusaient de laisser leur enfant jouer contre les « sauvages »…

La réconciliation et le vivre-ensemble n’étaient pas encore à l’ordre du jour. Méfiance, animosité, mais surtout incompréhension étaient les sentiments de l’époque.

Trente ans plus tard, les choses ont un peu évolué. Les rapprochements ne sont pas toujours faciles, mais la majorité s’entend pour dire que la collaboration est plus porteuse que la confrontation.

Cette mise en contexte ne vise pas à justifier le blocage de voies ferrées. Ce n’est pas la solution, mais il est pertinent de remettre les choses en perspective pour mieux comprendre la situation actuelle.

Un long processus

La réconciliation est un long processus, une route qui sera parsemée d’écueils. Ce processus vient de connaître un recul, mais la réconciliation n’est pas morte. D’autres obstacles surviendront encore, d’où l’importance de maintenir le dialogue.

Lorsque j’étais directeur de cabinet du ministre responsable des Affaires autochtones, nous tenions régulièrement des rencontres avec les représentants mohawks, et la plupart du temps, nous prenions la peine de nous déplacer sur leur territoire de Kahnawake.

Nous n’avons pas réglé tous les enjeux, loin de là, mais le fait d’entretenir des relations proches facilite les choses lorsque cela se complique.

Le meilleur moment pour nouer des liens et établir une relation de confiance n’est pas au milieu d’une crise, c’est un travail qui doit se faire en amont.

Le gouvernement fédéral a évidemment un rôle à jouer dans la résolution de la situation avec la Première Nation de Wet’suwet’en, mais le gouvernement du Québec ne peut pas non plus se décharger de ses responsabilités dans les discussions avec les Mohawks de Kahnawake.

Malgré toute la frustration que peuvent provoquer les blocus sur le réseau ferroviaire, la patience s’impose. Gardons la tête froide et évitons les raccourcis simplistes qui dépeignent les Autochtones comme une groupe privilégié auquel les lois ne s’appliquent pas.

Une solution par la force aura des conséquences bien plus graves et durables que ce que nous vivons présentement. Le dialogue demeure notre meilleure arme.