Vues par plusieurs, particulièrement par les Chinois, comme le pétrole de l’ère numérique, les terres rares font de plus en plus parler d’elles alors que leurs applications sont essentielles à la production de biens (équipements électroniques, moteurs, éoliennes, etc.) et fortement corrélées avec le développement des économies vertes et numériques.

Robert Bonneau Robert Bonneau
Associé principal, Décarie Recherche de cadres

Domination chinoise

Les éoliennes et les véhicules électriques représentant des solutions de rechange aux énergies fossiles, nous pourrions nous réjouir de l’émergence des besoins en terres rares, mais la production de celles-ci est fort mal distribuée. Actuellement, plus de 90 % de la production mondiale provient de la Chine. Aucune usine d’extraction et de production n’est en exploitation aux États-Unis ou au Québec. Dépendants, dites-vous ? Nous sommes dangereusement dépendants.

Cette situation est reconnue par le Canada et le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN) du gouvernement du Québec. Le Canada a d’ailleurs convenu d’un plan d’action commun sur la collaboration pour les minéraux critiques avec les États-Unis. De cette liste de 35 minéraux, 13 sont présents au Canada, dont les terres rares, et il faut donc se réjouir que le MERN ait amorcé une réflexion sur la place du Québec dans la mise en valeur des minéraux critiques et stratégiques, dont la période de consultation avec le milieu doit s’achever en février 2020.

Aujourd’hui cependant, l’empire du Milieu occupe une position hégémonique à la fois comme régulateur et producteur de ce complexe minerai aux 17 éléments (lanthanides).

Plusieurs caractéristiques confèrent aux entreprises présentes en Chine un avantage important sur le marché international des terres rares, y compris la fixation de leurs prix.

Le maintien des prix bas est vu comme l’érection d’une barrière à l’entrée d’autres acteurs. En effet, plusieurs entreprises en dehors de la Chine ont dû cesser toute exploitation des terres rares face aux prix bas.

Avec plus de 90 % de la production mondiale d’une matière première aussi critique, il faut analyser la stratégie de la Chine avec une perspective géopolitique. En effet, cette position de contrôle sur une ressource stratégique s’utiliserait comme moyen de pression, que ce soit dans un contexte de guerre tarifaire ou encore de revendication territoriale. De plus, en imposant des quotas d’exportation sur la ressource, la Chine pourrait se donner un avantage important sur le plan manufacturier pour la production de biens et d’équipements de pointe.

Déclin américain

Mais comment un tel déséquilibre et une si grande position de vulnérabilité ont-ils pu se construire alors qu’en 1985 les Américains dominaient le marché et qu’ils en sont demeurés un acteur important jusqu’au tournant du siècle ? Deux éléments centraux de réponse : l’environnement et la fixation des prix. Aussi vrai pour expliquer le déclin des Américains que l’émergence des Chinois.

Ce sont des enjeux environnementaux qui conduiront à la fermeture de la mine Mountain Pass, longtemps la plus importante au monde, et des coûts de production supérieurs aux prix d’un marché contrôlé par la Chine qui mèneront finalement à la faillite (2015) du racheteur américain MolyCorp, malgré des investissements de 1,7 milliard US.

Plusieurs éléments ont participé à la création d’un quasi-monopole sur les terres rares par la Chine. Parmi ces éléments, citons, entre autres, la détention de grandes réserves, un coût faible de la main-d’œuvre par rapport aux autres pays, des lois environnementales moins contraignantes que celles de plusieurs pays producteurs et des considérations géopolitiques.

Le Québec ?

Le potentiel minier du Québec est riche et diversifié. Toutefois, les particularités de son immense territoire et les enjeux climatiques, d’accessibilité et de transport qu’il pose en rendent l’exploitation complexe. Si l’exploitation du potentiel hydraulique a pu profiter d’une relative acceptation sociale durant plusieurs décennies, les considérations environnementales et celles liées à la valorisation de territoires reconnus aux Premières Nations complexifient aujourd’hui l’analyse des projets et la mesure de leur rentabilité, et les terres rares n’en sont qu’une preuve additionnelle.

Aujourd’hui, le Canada et les États-Unis sentent plus que jamais l’urgence d’agir.

Cela peut représenter une occasion intéressante pour le Québec. Il faut donc rapidement travailler à l’obtention d’un consensus et d’un alignement entre les divers acteurs de l’industrie qui soit également respectueux des questions, non négligeables dans cette industrie, liées au respect de l’environnement.