Le Centre communautaire islamique de Brossard a fait preuve d'ouverture en accueillant le projet Immersion.

Foudil Selmoune Foudil Selmoune
Imam, Centre communautaire islamique de Brossard

Depuis le troisième anniversaire de la tuerie de Québec où nos six frères canadiens, québécois et musulmans ont perdu la vie, et à la suite de la visite du Service de police de Longueuil dans le cadre de leur projet Immersion à notre centre, nous trouvons toujours certaines voix qui continuent à faire toutes sortes d’amalgames et de présentations d’informations inexactes afin de présenter les musulmans comme étant des arriérés ou des personnes non intégrées dans la société.

C’est ce qui est arrivé lorsque j’ai fait preuve d’esprit d’ouverture en accueillant dans notre centre communautaire une trentaine de policiers, comme l’ont fait, entre autres, la Maison Tremplin de Longueuil ou encore la Maison internationale de la Rive-Sud de Brossard afin de leur expliquer la réalité quotidienne culturelle des musulmans qui fréquentent la mosquée.

Ce beau geste rappelle certaines paroles qui ont été dites par l’ancien premier ministre du Québec lors des funérailles de trois des six victimes de l’attentat de Québec : « Connaissons mieux nos voisins. Parlons-nous, visitons-nous, apprenons les uns des autres. Allons toujours à l’essentiel, à la personne plutôt qu’aux apparences. »

Au lieu d’aller à l’essentiel, à la personne, de voir le positif dans ce geste, certaines personnes n’y ont vu que de l’endoctrinement, de la misogynie et de l’homophobie. Qu’en est-il exactement ?

Du soi-disant endoctrinement des petites filles

Comme tous les parents du Québec, les parents musulmans sont occupés durant toute la semaine à travailler, à étudier, à faire du bénévolat, à venir en aide à des personnes dans le besoin, c’est-à-dire à contribuer positivement à la société québécoise, d’une manière ou d’une autre. De ce fait, ils ne trouvent presque pas de temps pour enseigner la religion et les diverses cultures islamiques à leurs enfants. C’est pourquoi, comme dans les divers centres communautaires juifs de Montréal ou encore dans les centres communautaires helléniques, des cours d’éducation religieuse sont offerts dans notre centre.

Si une personne venait dans notre centre en dehors des quelques rares heures de cours hebdomadaires des enfants, elle verrait toutes ces petites filles décrites comme endoctrinées en train de jouer dans la salle de notre club des jeunes, de crier ou de courir dans notre gymnase, comme toutes les petites filles de leur âge.

Les multiples photos disponibles sur la page Facebook de notre centre communautaire montrent pourtant ces petites filles jouant aux jeux gonflables ou se faisant maquiller, lors des deux grandes fêtes annuelles que nous organisons juste pour les enfants.

Le centre ne dicte aucun code vestimentaire à qui que ce soit, adulte comme enfant. Une petite réflexion amènerait toute personne douée de bon sens à comprendre que si ces petites filles portaient toujours le hijab, on trouverait des centaines de fillettes avec des hijabs dans les écoles primaires du Québec !

De la prétendue misogynie dans notre centre

Où est donc passé le temps où les opinions responsables étaient fondées sur de vraies recherches ? Il aurait suffi de faire un tour dans notre centre pendant nos activités pour voir que plus de 80 % des bénévoles du centre sont des femmes et des jeunes filles ! Des femmes qui portent ou ne portent pas le hijab, selon leur choix. Des femmes qui apprécient tant l’intimité que leur offre la mezzanine où elles se retrouvent exclusivement entre femmes pour prier, parler de leur vie quotidienne, discuter des sujets à la une, partager des astuces de maquillage et d’autres sujets exclusivement féminins, et aussi pour se consoler, dans des moments où elles se sentent perdues et isolées dans ce Québec qui a inspiré la rédaction de la Charte canadienne des droits de la personne.

Certaines personnes seraient sûrement choquées d’apprendre que l’imam Foudil et, avec lui, la plupart des hommes du centre se transforment souvent en baby-sitters parce que leurs épouses ont décidé de passer une soirée entre amies.

Nous, homophobes ?

La communauté musulmane du Québec partage les valeurs fondamentales du Québec. Entre autres, nous croyons fermement à l’égalité entre femmes et hommes, à la primauté du droit et au fait que « le Québec est une société où l’exercice des droits et libertés de la personne doit se faire dans le respect de ceux d’autrui et du bien-être général ».

Dans l’esprit de cette dernière clause, nous nous donnons la liberté d’adhérer aussi aux valeurs morales de l’islam.

C’est ainsi que l’islam reconnaît que chaque être humain a le plein droit de jouir de relations intimes dans le cadre d’un mariage entre une femme et un homme et que chaque être humain a la liberté d’adhérer, ou non, aux valeurs morales islamiques, Dieu étant l’ultime juge des actions de cette personne.

Même si nous ne partageons pas certaines conceptions des relations intimes, nous respectons ceux et celles qui les partagent. Comme je l’ai si bien dit durant cette visite des policiers, « nous sommes tous des frères et sœurs en humanité » et nous ne pouvons avoir que de l’amour et du respect pour nos frères et sœurs homosexuels.

Répandre la haine à tout prix !

Pour nourrir les préjugés contre moi, l’imam, certains faits ont été présentés hors de leur contexte concernant mes explications sur le concept de la charia, en répondant aux questions de la journaliste de Radio-Canada, il y a plus de neuf ans. Je demande respectueusement à toute personne concernée et intéressée à savoir exactement le fond de ma pensée de faire un vrai travail de recherche, sérieux et fondé sur des faits et non pas des perceptions avant d’attaquer l’intégrité et la réputation des gens, car expliquer un concept ne veut pas dire du tout l’adopter ou en faire la promotion.

Diversité, tolérance et respect

Pour un Québec tourné vers l’avenir, j’invite les médias à faire du journalisme d’opinion responsable en essayant d’appliquer les mots du premier ministre du Québec, prononcés il y a bientôt trois ans, lors des funérailles des victimes de l’islamophobe Alexandre Bissonnette : « Extirpons de notre société la haine, les préjugés et le racisme. »