Chaque tempête laisse derrière elle des accumulations qui encombrent les trottoirs et rendent difficiles, voire impossibles, les déplacements des personnes à mobilité réduite.

Florence Tiffou, Mélanie Beauregard et Emely Lefrançois
Table de concertation sur le transport des personnes handicapées de l’île Montréal*

Après chaque bordée, la largeur des trottoirs enneigés devient insuffisante pour nos aides à la mobilité et nos roues s’enlisent dans la neige et la gadoue. Dans ces conditions, difficile de faire l’épicerie, de se rendre au travail ou d’aller à nos rendez-vous médicaux, des activités pourtant essentielles !

À cela s’ajoute une autre réalité qui rejoint les plus de 36 000 personnes qui utilisent le transport adapté (un service de transport porte à porte de la STM pour les personnes vivant une situation de handicap) : si le passage de la porte de l’usager jusqu’à la rue où est stationné le véhicule n’est pas déneigé (cela inclut le trottoir), le transport adapté peut refuser d’effectuer le déplacement, pour éviter des risques de blessures. Cela pose problème, puisque les arrondissements sont responsables de déneiger les rues et trottoirs (et comme on l’a remarqué, cela peut prendre plusieurs jours dans les rues résidentielles) et laissent dans l’isolement les citoyens qui ne sont pas en mesure de déneiger leur entrée.

Après la pluie… la neige

L’hiver dernier, après plusieurs années de mobilisation et de dialogue avec l’administration municipale, des militants en situation de handicap ou à mobilité réduite semblaient avoir obtenu des gains en matière d’accessibilité universelle hivernale. Alors que l’ensemble des élus se prononçait en faveur de la Motion pour garantir des déplacements sécuritaires et faciles pour tous l’hiver, le responsable du déneigement de la Ville de Montréal, Jean-François Parenteau, a annoncé la mise en place d’un programme de déneigement de la porte à la rue, pour les personnes à mobilité réduite. La Ville accorde 10 000 $ à des organismes communautaires ou entreprises privées de chaque arrondissement pour employer des gens qui s’occupent du déneigement au domicile des personnes qui en font la demande.

Un an plus tard, force est de constater que sur le terrain, la situation n’est guère différente de celle des années précédentes.

Si cette initiative est un premier pas, elle reste insuffisante. Cet hiver encore, des Montréalais se trouvent coincés dans des bancs de neige, chutent ou doivent obtenir l’aide des services d’urgence afin de quitter leur appartement. En appelant pour s’informer des programmes de chaque arrondissement, on se rend vite compte de la grande variabilité du service. Dans certains arrondissements, le programme est carrément absent. Dans d’autres, il n’est offert qu’aux personnes de 80 ans et plus.

On apprend aussi que parfois, le maximum de places disponibles est épuisé (soit 30 personnes seulement pour un arrondissement). Cette proportion est inacceptable, compte tenu du nombre d’usagers du transport adapté dans l’île de Montréal. À Verdun, on nous répond que le programme est en place, mais qu’il manque de main-d’œuvre. À Rosemont, on nous informe qu’il faudra attendre un an de plus pour que les résidants puissent avoir accès au service. Au final, ce service de déneigement n’est offert qu’à une poignée de chanceux citoyens qui ne sont guère plus avancés une fois sur le trottoir.

Qu’est-ce qu’on attend ?

Un an après l’annonce de la naissance de ce programme par la Ville, le milieu associatif ne baisse pas les bras. La Ville de Montréal doit prendre ses responsabilités et s’assurer que le déneigement des trottoirs soit arrimé à celui des débarcadères, des arrêts d’autobus et des descentes de trottoir (et à celui du domaine privé, lorsque ce service est miraculeusement offert). En 2011, la Ville s’est dotée d’une Politique municipale d’accessibilité universelle. Elle a le devoir de se donner les ressources nécessaires afin d’assurer ses promesses en commençant par le Programme de déneigement de la porte à la rue.

En refusant de prendre ses responsabilités, la Ville de Montréal est complice de notre isolement.

C’est également dans cette perspective que les groupes de personnes en situation de handicap demandent à ce que les citoyens fassent attention lorsqu’ils déblaient leur entrée ou déneigent leur auto de ne pas créer d’amoncellement sur des espaces dégagés, qui pourraient bloquer la possibilité d’une personne à mobilité réduite de se déplacer d’un point à un autre. Gardons collectivement les trottoirs dégagés ! Ce n’est pas acceptable que des personnes soient prisonnières de chez elles en raison de cet isolement causé par un mauvais déneigement.

* Florence Tiffou est du Regroupement des usagers du transport adapté et accessible (RUTA) de l’île de Montréal ; Mélanie Beauregard et Emely Lefrançois sont de l’organisme Ex æquo