Il était une fois une mine.

Chanelle Cartier Chanelle Cartier
Lac Taureau

Il était une fois une mine en amont du village de Saint-Michel-des-Saints…

Il était une fois une mine à deux pas du parc régional du Mont-Tremblant…

Il était une fois une mine à l’intérieur du bassin versant du parc régional du Lac Taureau…

Il était une fois une mine de graphite à ciel ouvert, aussi grosse que Malartic et qui serait la plus grosse mine à ciel ouvert en milieu habité au sud du Québec…

Savez-vous pourquoi les enfants demandent à se faire raconter la même histoire encore et encore alors qu’ils l’ont entendue des dizaines et des dizaines de fois ? C’est tout simplement pour valider, pour s’assurer qu’elle se termine de la même manière que la dernière fois.

L’Association pour la protection du lac Taureau (APLT) travaille de concert avec la Coalition pour que le Québec ait meilleure mine (QMM) à s’assurer que la fin de cette histoire, notre histoire, soit différente. À faire en sorte que les leçons du passé, apprises aux dépens de la santé, de la sécurité, du bien-être et de la qualité de vie de nombreux Québécois nous servent. Les déchets miniers, la pollution de l’eau, la détérioration du paysage, les pertes de valeurs et autres effets substantiels occasionnés par la venue d’une mine de graphite à ciel ouvert se doivent d’être pris plus au sérieux. Il en va de la santé et de la sécurité de tous.

Depuis le 28 janvier ont lieu les audiences du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) relativement au projet minier Matawinie, à Saint-Michel-des Saints. Toutefois, cette étape cruciale devra se faire sans toutes les informations requises, et surtout promises par le promoteur dans son étude de faisabilité. Plus précisément, dans son rapport final remis au ministère de l’Environnement en avril 2019, le promoteur du projet, Nouveau Monde Graphite (NMG) insistait sur l’importance de mettre en place « trois cellules expérimentales » afin de « tester et d’améliorer… les nouvelles techniques » de confinement des résidus miniers, et ce, pour réduire « les risques techniques et technologiques du projet ».

Pourquoi est-ce si important de tester les nouvelles techniques ?

Principalement parce que ces usines de démonstration auraient servi à démontrer concrètement les principes théoriques de « co-dispositions et d’encapsulage » des résidus miniers, que propose NMG dans son étude de faisabilité. On parle de procédures encore inédites et expérimentales, alors que celles-ci servent à encadrer les risques de pollution de l’eau inhérents aux 107 millions de tonnes de déchets miniers qui seraient générés pendant les 26 années d’opération de la mine. Déchets qui contiennent plusieurs substances toxiques pour l’environnement, dont des acides et des métaux lourds.

Pour que le promoteur lui-même mette l’accent sur toute l’importance de cette étape, soit celle de l’obtention des résultats des « cellules expérimentales » pour « l’élaboration des critères de conception en lien avec le potentiel de génération d’acide » des résidus miniers, c’est qu’il y a assurément un potentiel de dérapage, de problème ou une nécessité d’ajustements avant de lancer le projet.

De surcroît, des tests effectués conjointement par QMM et la Coalition des opposants au projet minier en Haute Matawinie (COPH) ont révélé qu’en cas de déversement accidentel ou simplement de dépassement des normes acceptables de rejet, les autorités n’auraient que sept heures pour réagir avant que les déchets toxiques n’atteignent le lac Taureau.

Autrement dit, aucune action corrective ne serait possible dans de telles circonstances problématiques ; imaginez-vous l’histoire quelques minutes… la contamination du plus grand bassin d’eau.

Nous avons appris, le 25 novembre dernier, que finalement, « les données de la cellule expérimentale ne sont pas disponibles car celle-ci sera construite au printemps 2020 ». Aucun résultat sur l’efficacité de cette nouvelle technologie à contenir la pollution de l’eau en acides et en métaux lourds, tant pour les eaux de surface que pour les eaux souterraines, ne sera donc disponible avant 2021.

Ce qui doit être fait ?

L’Association pour la protection du lac Taureau, la Coalition pour que le Québec ait meilleure mine et la Coalition des opposants au projet minier en Haute Matawinie demandent au gouvernement du Québec d’intervenir afin que l’enquête du BAPE soit repoussée à une date ultérieure, et ce afin d’avoir en mains toutes les informations requises pour l’évaluation des risques à l’environnement, autant pour le public, pour le ministère de l’Environnement que pour le BAPE.

Que diriez-vous de ça ?

Il était une fois un projet…

Il était une fois un projet de société encadrant, durable, viable, écoresponsable, en amont du village de Saint-Michel-des-Saints…

Il était une fois un projet enrichissant misant sur toute la richesse qu’offre le fait d’être à deux pas du parc régional du Mont-Tremblant…

Il était une fois un vrai projet pour notre parc régional du Lac Taureau…