Cette semaine, le National Health Service (NHS), le système de santé public de l’Angleterre, a annoncé son intention de devenir le premier mondialement à atteindre la neutralité carbone grâce à l’initiative « GreenerNHS ». Premier employeur de l’État anglais, le NHS est responsable d’environ 5 % des émissions annuelles de gaz à effet de serre au pays.

Claudel Pétrin-Desrosiers Claudel Pétrin-Desrosiers
Médecin, présidente de l’Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME)

Depuis plusieurs années, le NHS suit et mesure son empreinte carbone. C’est étonnamment le seul système de santé dans le monde à le faire de façon régulière. Le directeur général du NHS, Sir Simon Stevens, a reconnu que les changements climatiques étaient la plus grande menace pour la santé au XXIe siècle, et il a annoncé qu’il comptait faire sa part pour lutter contre cette « urgence de santé ». Ses objectifs sont clairs : réduire le fardeau de maladies, diminuer la pression sur les services d’urgence et sauver des milliers de vies. 

Le NHS a mis en place un comité d’experts afin d’effectuer cette transition, une transition intelligente sur les plans financier, social et éthique.

Cette démarche est une première mondiale. Le Québec, disposant de capacités gouvernementales similaires, doit s’en inspirer et, à son tour, amorcer une transformation verte de son réseau de la santé et des services sociaux.

Notre système de santé public embauche près de 300 000 personnes, et est lui aussi responsable d’environ 5 % de notre facture carbone. Les changements climatiques et la pollution atmosphérique ont une influence très négative sur la santé des Québécois. 

L’Institut national de santé publique du Québec estime que les changements climatiques entraîneront 20 000 morts dans la province d’ici 50 ans. La pollution atmosphérique, quant à elle, tue 2000 personnes annuellement.

La majorité du personnel dans le réseau de la santé travaille selon une ligne de conduite précise : d’abord, ne pas nuire. Le cœur de la réflexion est là : comment concilier ce principe d’action avec la mission d’un établissement de santé et de services sociaux qui alimente lui-même nos émissions de gaz à effet de serre, alourdissant ainsi un fardeau non négligeable de morbidité et de mortalité ?

Depuis le 31 mars 2019, sous l’impulsion du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), tous les établissements de santé du Québec ont l’obligation d’avoir en leur sein un comité de développement durable, responsable de veiller « à la mise en place et au maintien de la démarche de développement durable ». Cette nouvelle structure doit être vue d’un bon œil. 

Toutefois, les échos que nous avons du milieu indiquent un certain manque d’encadrement et de ressources pour ces comités. Leur implantation à géométrie variable partout dans la province explique le peu de succès obtenu jusqu’à présent. 

Ces comités devraient être mieux outillés pour atteindre les objectifs fixés. Il faudrait notamment une meilleure uniformisation dans les différents établissements ; l’ouverture de postes de spécialistes en santé environnementale ; un financement récurrent et soutenu des initiatives de verdissement ; l’intégration d’outils de mesure adaptés qui tiennent compte des bénéfices économiques pour la santé ; et enfin, un suivi régulier et documenté de cibles de réduction. 

L’adoption de ces pratiques saines à la fois pour les individus et l’environnement aurait certainement des répercussions positives sur la santé de toute la population. Qui plus est, les bonnes initiatives devraient être mieux publicisées. 

Transformations vertes

De petites transformations vertes ont lieu dans les milieux hospitaliers de tout le Québec. Par exemple, la pharmacie de l’hôpital Sainte-Justine est la première écoresponsable de la province et son département de soins intensifs est en pleine effervescence pour adopter une trajectoire similaire. À Laval, un nouveau conseil de médecins, dentistes et pharmaciens consacré à l’environnement vient d’être créé. À Saint-Jérôme, l’hôpital se prépare à l’arrivée d’une machine, l’Ecosteryl, pour mieux gérer et recycler les déchets biomédicaux. À Montréal, l’Institut Philippe-Pinel a décidé de réduire à la source son empreinte en plantant plus de 3000 arbres, transformant son terrain et agissant directement sur un îlot de chaleur meurtrier. Ces initiatives doivent être soulignées et partagées dans toute la province. 

Le MSSS devrait assumer un leadership franc et novateur. Il devrait s’atteler à mesurer l’empreinte environnementale de ses installations et se doter de cibles ambitieuses de réduction de GES. La transformation verte de notre système de santé sera déterminante pour la réussite de notre plan de lutte contre les changements climatiques. 

Le NHS a choisi d’agir comme chef de file. Le Québec possède les capacités, les ressources et les compétences pour faire la même chose. Je suis persuadée qu’une initiative de ce genre serait chaudement applaudie dans tout le réseau. Qu’attendons-nous ?