L’année 2020 sera déterminante pour l’avenir de la culture canadienne et le nôtre comme diffuseur public national.

Catherine Tait Catherine Tait
Présidente-directrice générale de CBC/Radio-Canada

Un groupe d’experts nommés par le gouvernement s’apprête à rendre publiques ses recommandations pour revoir la législation entourant la radiodiffusion, incluant le mandat de CBC/Radio-Canada. En parallèle, le CRTC, qui réglemente nos activités, mène un processus public pour le renouvellement de nos licences de radio et de télévision.

Nul ne doute que nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère. Alors que les premières années de la révolution numérique ont déjà radicalement transformé la façon dont on crée et on diffuse la culture au pays et dans le monde, ces changements n’iront qu’en s’accélérant.

Mais au-delà des turbulences, nous avons une occasion à saisir. La décennie qui s’amorce pourrait être celle du Canada.

À l’heure où on se parle, partout dans le monde, les auditoires découvrent et s’émerveillent devant notre talent créatif, devant notre culture. Ils y trouvent une sensibilité canadienne qui les interpelle et les touche.

Nos séries télévisées en sont la preuve. Elles rayonnent partout sur la planète. Pour la toute première fois, une série radio-canadienne – C’est comme ça que je t’aime de François Létourneau et de Jean-François Rivard (Productions Casablanca) – a été sélectionnée aux côtés de sept séries du monde entier pour compétitionner aux Berlinale Series du Festival international du film de Berlin, qui se déroulera du 20 février au 1er mars en Allemagne. De leur côté, les séries de CBC rallient un public mondial, qu’on pense à la comédie Schitt’s Creek, qui fait rire bien au-delà de nos frontières, ou à Kim’s Convenience, désignée dramatique étrangère la plus populaire de Corée.

Le diffuseur public rend ces succès possibles. Nous croyons dans nos créateurs. Nous investissons dans leurs projets. Nous les soutenons. Nous assurons la promotion de leurs œuvres.

Aujourd’hui, à ce moment précis de l’histoire, nous avons une rare occasion de renforcer les diverses voix qui, mises ensemble, composent celle du Canada, de les faire entendre dans le reste du monde et de consolider les assises de notre culture ici au pays. Mais pour y parvenir, nous avons de grands chantiers à entreprendre et à mener à bien.

Ensemble, les géants étrangers du web dépensent plus de 50 milliards dans la production de contenu. Nous ne pouvons pas rivaliser avec de tels moyens, mais il est possible de rééquilibrer le rapport de forces : ces entreprises qui profitent de l’appétit des Canadiens pour le contenu devraient aussi contribuer à notre culture, comme le font les diffuseurs nationaux.

Nous savons qu’un écosystème médiatique en santé – avec des sources d’information dignes de confiance – représente un fondement de notre démocratie.

Nous ne voulons pas être les seuls survivants de la crise qui secoue présentement nos médias d’information régionaux. Nous avons amorcé des discussions avec d’autres médias pour voir ce que le diffuseur public peut faire pour soutenir notre écosystème. Nous voulons faire partie de la solution. Seule une pluralité de sources d’information peut garantir la santé de notre écosystème.

Dans ce monde numérique, il n’a jamais été plus important de pouvoir compter sur un diffuseur public digne de confiance : un diffuseur au service de tous les Canadiens, quels que soient leur langue, leur région ou leurs revenus.

À une époque de fragmentation de l’espace public, de désinformation et de polarisation croissante, nous avons la responsabilité de rassembler les Canadiens. Nous les aidons à voir ce qu’ils partagent les uns avec les autres. Nous renforçons la cohésion sociale et nationale.

Cette responsabilité est d’autant plus importante dans les milieux minoritaires francophones, où 12 des 20 stations multiplateformes de Radio-Canada sont établies. En plus d’être souvent le seul média à les informer dans leur langue, le diffuseur public fait découvrir ces communautés au reste du pays.

Nous servons autant les Canadiens à la radio, à la télévision, sur le web que sur leurs appareils mobiles. Ils sont plus de 21 millions en moyenne à utiliser nos services numériques tous les mois. Pourtant, la réglementation est restée figée dans l’écosystème d’un autre siècle.

C’est pourquoi, pour la première fois, nous proposons que le CRTC tienne compte du contenu canadien que nous offrons sur nos services numériques. Nous bâtissons un pont vers l’avenir.

Être au service de tous les Canadiens, ça nous amène à exploiter deux entreprises, linéaire et numérique. C’est pourquoi les revenus commerciaux sont si importants. En cela, nous ne sommes pas différents de la plupart des diffuseurs publics dans le monde. Comme eux, nous cherchons à accroître ces revenus pour relever les défis de notre nouvel environnement, des revenus que nous avons toujours réinvestis dans nos services, dans l’intérêt du seul actionnaire que nous avons : les Canadiens.

Tous ces défis sont autant d’occasions pour le Canada de reprendre le contrôle de sa destinée, car c’est aux Canadiens et non à des multinationales étrangères de déterminer la place qu’occupera notre culture dans la décennie qui commence et dans celles qui suivront.

J’ai confiance en l’avenir. Je reste profondément convaincue que la voix du Canada – par l’entremise de ses créateurs et de ses œuvres – gagne à être entendue dans le monde, mais aussi que les auditoires de partout ont soif de l’entendre.

Notre avenir est entre nos mains.