Vendredi dernier, on a appris que Marylène Lévesque, une jeune femme de Québec, a été assassinée par un détenu ayant bénéficié d’une libération conditionnelle.

Rose Dufour, Élaine Grisé et Nadia El-Mabrouk
Pour les droits des femmes du Québec (PDF Québec)

Cet individu avait pourtant été condamné à perpétuité en 2006 pour avoir assassiné sa femme à coups de marteau, sans possibilité de libération conditionnelle avant 15 ans. Comment alors expliquer sa libération avant 2021, et ce, malgré des problèmes combinés de violence et de toxicomanie ?

Une « stratégie » pour rencontrer des femmes ?

Mais le plus révoltant dans cette histoire est d’apprendre, par le rapport de la Commission des libérations conditionnelles, qu’une « stratégie » avait été développée pour permettre à cet individu de rencontrer des femmes, « mais seulement afin de répondre à [ses] besoins sexuels » ! Sans le dire clairement – l’agente de libération aurait été en porte-à-faux avec la loi canadienne interdisant l’achat de services sexuels –, le sous-entendu était évident : pas de relations avec des femmes « normales », mais possibilité de brèves rencontres sexuelles avec des prostituées. Comment expliquer une telle pratique de la part du système judiciaire ?

Pour justifier l’injustifiable, le criminaliste Me Charles Côté s’exprime en ces termes lors d’une entrevue télévisée : « II ne faut pas faire l’autruche. C’est évident que cet homme-là, s’il a manifesté avoir des pulsions, des besoins sexuels, mieux vaut chercher à les encadrer, à contrôler ces choses-là ».

On croit rêver ! A-t-on fait tout ce chemin vers l’égalité des femmes pour en arriver là ? 

Ainsi, cet homme aurait des besoins sexuels incontrôlables qu’il reviendrait à une femme d’assouvir, même si l’individu en question est un dangereux criminel.

Une pulsion sexuelle maladive ne devrait-elle pas plutôt être traitée par une approche thérapeutique ? À moins que les agents responsables de cette « stratégie » ne considèrent normal chez un homme d’avoir des pulsions sexuelles « incontrôlables » ?

C’est bien ce qui justifie, aux yeux d’une partie de la population, le recours à la prostitution. Dans un même souffle, Me Charles Côté nous explique d’ailleurs que la légalisation de la prostitution serait le meilleur moyen de s’assurer que tout se fasse dans un « environnement contrôlé ». Un policier aurait-il dû être présent dans la chambre au moment de l’agression sexuelle afin d’éviter le pire ? Peu importe les lois, les clients sont seuls avec les femmes dans les chambres d’hôtel ; ils ont ainsi tout le loisir de les battre et de les tuer, que l’achat de sexe soit légal ou non.

Ce meurtre survient au moment où prenaient fin, à Montréal, les journées d’audiences publiques de la Commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs. À cette occasion, Stella et d’autres groupes défenseurs de l’industrie du sexe y sont allés de leurs discours à l’effet que la prostitution serait le choix des femmes, et même des jeunes, alors qu’autour de 90 % des femmes impliquées dans cette industrie souhaitent en sortir.

On ne peut, d’un côté, dénoncer la culture du viol et l’exploitation sexuelle, et de l’autre, reconnaître aux hommes le « droit » de satisfaire leurs besoins sexuels peu importe l’atteinte au droit à la dignité et à la sécurité des femmes.

Légaliser l’exploitation sexuelle n’est pas la solution

Depuis la tragédie, des militants « prosexe » s’expriment à l’effet que la légalisation de la prostitution permettrait de protéger les femmes. Il n’y a rien de plus faux.

De nombreuses études démontrent que, peu importe les lois en vigueur, les risques de féminicides sont 40 % plus élevés dans l’industrie du sexe, et que la majorité des femmes y sont victimes de violences diverses. De plus, les pays ayant décriminalisé cette industrie n’ont pas vu ces taux de violence diminuer, bien au contraire, comme nous le montrent les cas de l’Allemagne et des Pays-Bas, où la traite des jeunes femmes vient, plus que jamais, alimenter le marché du sexe. À l’inverse, la Suède, qui ne banalise pas la prostitution et mise plutôt sur l’éducation des hommes et l’aide aux personnes prostituées pour s’en sortir, a vu son taux de prostitution diminuer.

Plutôt que de légaliser l’achat de services sexuels, le gouvernement canadien devrait au contraire renforcer l’application de la loi C-36, laquelle pénalise les prostitueurs (les clients) et les proxénètes, et non pas les victimes. On doit miser sur des politiques permettant aux femmes de sortir du cercle vicieux de l’exploitation sexuelle et créer des campagnes de sensibilisation s’adressant aux hommes.

Enfin, rappelons que cette vision du désir masculin comme étant sans commune mesure avec le désir féminin rejoint les conceptions les plus archaïques de la société et entretient des rapports malsains entre les hommes et les femmes.

C’est d’ailleurs cette vision de l’homme comme prédateur sexuel qui est à la base des pratiques religieuses sexistes comme l’obligation pour la femme de se couvrir les cheveux afin de ne pas provoquer le désir sexuel chez l’homme.

Peu importe les arguments utilisés pour justifier les « instincts naturels » des hommes, il est impératif d’abolir le système prostitutionnel, tout comme on a aboli le système esclavagiste.