Il y a quatre ans, les deux grands partis américains, démocrate et républicain, ont lancé leur saison électorale en vue des élections du 8 novembre 2016. Les démocrates ont opté éventuellement pour la candidature de l’ancienne secrétaire d’État Hillary Clinton comme successeure à Barack Obama.

John Parisella John Parisella
Professeur invité au CERIUM, ancien délégué général du Québec (New York et Washington) et conseiller spécial chez National

De leur côté, les républicains, après huit ans de présidence démocrate, comptaient plus d’une quinzaine de candidats et candidates en lice. L’homme d’affaires, milliardaire et personnalité de la télé américaine Donald J. Trump était du nombre. Mais il ne partait certainement pas en tête de peloton. Bien au contraire !

Même si Hillary Clinton avait à affronter un adversaire coriace dans ses propres rangs en la personne du sénateur du Vermont Bernie Sanders, elle est devenue assez tôt dans la course la préférée de son parti.

Chez les républicains, la course était beaucoup plus corsée au départ avec des candidats de premier plan – le sénateur du Texas Ted Cruz, le gouverneur de l’Ohio John Kasich et l’ancien gouverneur de la Floride Jeb Bush. Ce dernier rêvait de devenir le troisième de la famille Bush à occuper le bureau Ovale de la Maison-Blanche.

Pendant ce temps, à l’hiver 2016, le candidat Trump faisait la manchette, mais bien peu d’observateurs lui donnaient des chances de remporter la nomination.

Comme l’avenir nous l’a démontré, les analystes – même les plus chevronnés – se sont royalement trompés ! Trump battait chacun des présumés favoris de son parti. La course à la présidence de 2016 s’est donc jouée ultimement entre Hillary Clinton et Donald Trump. Et le 8 novembre, autre surprise de taille… Donald Trump est devenu le 45e président des États-Unis ! Et ce, même si – faut-il le rappeler – Mme Clinton a remporté le vote populaire par une marge de près de 3 millions de voix, car elle a perdu le collège électoral (l’instance décisionnelle) aux dépens de son flamboyant adversaire.

Et maintenant, la suite des choses…

Contrairement à 2016, plusieurs observateurs de la scène politique américaine s’entendent pour dire qu’une victoire de Donald Trump le 3 novembre prochain ne serait pas cette fois-ci étonnante. L’économie américaine se porte bien dans son ensemble, affichant le plus bas taux de chômage depuis les 50 dernières années. La base politique de Donald Trump demeure toujours aussi fidèle. Sans compter que plus de 90 % des républicains restent satisfaits de la performance de leur président.

Il faut dire que Donald Trump a tenu ses promesses. Comme il s’y était engagé en campagne électorale, il a réussi deux réalisations importantes : la réforme fiscale qui réduit les impôts des corporations et des individus et la nomination de plusieurs candidats issus de l’idéologie conservatrice au sein d’instances judiciaires.

Malgré quelques déboires en matière de politique étrangère, un style de gestion fort polarisant et depuis quelques jours un procès visant sa destitution (l’impeachment), Donald Trump reste bien en selle en vue du rendez-vous électoral du mois de novembre.

Un mot sur l’impeachment

Si son actuel procès en destitution (seulement le troisième dans l’histoire politique américaine) devant le Sénat américain peut représenter pour certains une ombre à sa réélection, il faut rappeler que cela se déroule dans un climat hautement partisan.

Le président Trump fait actuellement face à deux articles en destitution – abus de pouvoir et entrave au travail du Congrès. Ces accusations, comme on le sait, proviennent d’un appel téléphonique qu’il a fait à son homologue de l’Ukraine en juillet 2019, et lors duquel il lui a demandé d’ouvrir une enquête sur un potentiel adversaire à sa réélection à la présidence : Joe Biden.

Devant le Chambre des représentants – sous le contrôle du Parti démocrate –, ces deux articles en destitution furent votés majoritairement et sur une base partisane. Mais maintenant devant le Sénat – sous le contrôle du Parti républicain –, ces deux articles doivent recueillir les deux tiers des votes des sénateurs pour destituer le président. Pour réussir, il faudrait donc une défection de 20 sénateurs républicains, ce qui est très peu probable.

Les démocrates et leur course

Entre-temps, la saison des primaires et des caucus va se mettre en branle en février. Personne ne doute que le président Trump sera le candidat du côté des républicains. Du côté des démocrates, on assiste à une course plus serrée. Cinq prétendants au poste dominent actuellement dans les sondages : l’ancien vice-président Joe Biden, le sénateur Bernie Sanders, les sénatrices Amy Klobuchar et Elizabeth Warren et enfin l’ancien maire de South Bend Pete Buttigieg.

Sans aucun doute, le candidat Biden bénéficie d’une plus grande notoriété. Les sondages démontrent d’ailleurs que c’est lui qui est le mieux positionné pour battre le président Trump. Mais il est encore trop tôt pour prédire avec certitude un gagnant.

Malgré tout, les démocrates n’ont pas réussi à créer une lutte inspirante comme ce fut le cas en 2008 lors du duel Obama-Clinton. On observe aujourd’hui des divergences et des clivages idéologiques.

Force est d’admettre que le président Trump est déjà en pleine campagne électorale. Il participe constamment à des rallyes auprès de ses militants, bénéficie de coffres garnis, multiplie les pubs dans les médias traditionnels et sociaux valorisant l’économie performante tout en s’en donnant tout le crédit.

Mais les démocrates restent optimistes pour la présidentielle de novembre, surtout parce que le président Trump ne réussit toujours pas à dépasser les 45 % d’approbation dans les sondages. Sans compter que l’actuel occupant de la Maison-Blanche reste toujours imprévisible et susceptible de commettre des erreurs. Donc, il demeure vulnérable auprès de l’électorat.

Cependant, avec la forte probabilité qu’il soit acquitté au terme de son procès au Sénat, on peut prévoir que Trump bénéficiera d’un élan qui le favorisera en novembre prochain.

Maintenant, la grande question : pourra-t-il le maintenir ? Il est encore trop tôt pour en venir à cette conclusion. Mais une chose est certaine : une victoire de Trump cette fois-ci, contrairement à 2016, ne constituera pas une surprise…