Les aspirations du mouvement végane sont audacieuses ; lutter activement contre les changements climatiques et en finir avec l’exploitation animale. La blancheur immaculée de leur position morale cache malheureusement une déconnexion profonde avec la réalité biologique et climatique de leur milieu. Le véganisme ne serait peut-être que le nouveau moyen qu’a trouvé l’humain pour s’élever contre la nature.

Jean-François Patenaude Jean-François Patenaude
Étudiant en agronomie à l’Université Laval

D’un point de vue strictement technique, les productions animales ont le potentiel de bénéficier à l’agriculture québécoise et à l’environnement. L’intégration de plantes fourragères (généralement des graminées et légumineuses destinées uniquement à l’alimentation animale) aux rotations des cultures aide à long terme à diminuer l’érosion et l’usage des pesticides, améliore la structure du sol et profite à sa fertilité. De plus, le climat des régions plus nordiques du Québec et la nature de leurs sols limitent grandement les cultures possibles.

Les productions animales permettent ici d’utiliser des terres agricoles qui seraient autrement peu valorisées.

La santé des terres agricoles, et plus largement de l’environnement, devrait être considérée dans son ensemble. Tout n’est pas qu’une affaire de gaz à effet de serre.

Sur le plan éthique, il est évident que la production animale implique qu’un mal important soit infligé aux animaux. En effet, leur liberté est minimale, leur espérance de vie est réduite et les densités d’élevage sont bien souvent excessives. Malgré tout, notons que l’état naturel, c’est-à-dire le seul mode de vie alternatif pour ces bêtes, implique aussi ses souffrances propres. Rappelons que la mort à un jeune âge par la faim, le froid ou la prédation attend systématiquement ces animaux libres. Les conditions d’élevage ont le mérite de supprimer cette situation de lutte perpétuelle pour la survie.

Un omnivore

Quiconque s’intéressant à la biologie humaine réalisera que l’homme est un carnivore et un herbivore exécrable, ce qui fait de lui un omnivore. Son estomac, unique et polyvalent, ne permet pas une digestion efficace des végétaux. L’alimentation végane est possible, moyennant une connaissance approfondie de ses besoins nutritionnels et l’importation massive de denrées végétales permettant de couvrir ses besoins en acides aminés, vitamines, etc.

Le véganisme s’oppose ici à l’alimentation locale et nuit directement à la souveraineté alimentaire du Québec.

Cette lettre n’a pas pour but de défendre l’ensemble des pratiques propres aux productions animales, dont les excès sont nombreux, mais plutôt de dénoncer le dogmatisme crétinisant qui semble affliger le mouvement végane, un mouvement de citadins hypersensibles à la question de la souffrance et profondément ignorants du contexte agricole québécois.

Les problématiques relatives à l’environnement et au bien-être animal ne sont pas inhérentes aux productions animales, mais découlent plutôt de l’hypercompétitivité d’un milieu agricole globalisé où les principaux agents doivent s’adonner à des pratiques toujours plus excessives et industrielles pour permettre aux grandes chaînes d’alimentation de produire leurs circulaires hebdomadaires.