Depuis quelques années, la notion de surpopulation refait surface sous différentes nuances. Certains affirment que les gens consomment trop et qu’il faut réduire la consommation — un discours qui n’est pas déraisonnable. D’autres sont plus radicaux et affirment que la population humaine doit diminuer. Le dénominateur commun dans ces discours est l’idée que l’être humain est un problème.

Vincent Geloso Vincent Geloso
Collaboration spéciale

Il s’agit là d’une fausse prémisse. Un regard plus attentif aux statistiques sur la consommation nous donne raison de rejeter ce discours.

Andrew McAfee, du Massachusetts Institute of Technology, dans More from Less démontre qu’il y a des régions sur Terre qui réduisent leur consommation en dépit d’un enrichissement continu. Depuis plusieurs années, McAfee fait remarquer que les États-Unis utilisent de moins en moins de ressources physiques alors que l’économie continue de croître.

Au cours des dernières décennies, par exemple, la consommation de ressources clés telles les pâtes et papier, le bois d’œuvre, le nickel, l’aluminium, le cuivre, l’acier et le ciment est en constante diminution.

On ne parle pas ici de la consommation par personne, mais bien de la consommation totale ! Des études dans des journaux comme PlosOne et Ecological Economics démontrent que la même chose se produit dans d’autres pays industrialisés tels le Royaume-Uni, le Japon, la France, l’Allemagne et les Pays-Bas.

En fait, il convient de souligner que même les études sur « l’empreinte écologique » confirment cette tendance. L’empreinte écologique est cette statistique qui mesure le nombre de planètes nécessaires pour couvrir la consommation de l’humanité. Un « déficit écologique » survient lorsque la consommation humaine dépasse la biocapacité de la planète. La mesure est fréquemment utilisée par les chercheurs universitaires et elle démontre qu’un déficit existe depuis environ 1965. Cependant, dans PlosOne Biology, Linus Blomqvist et ses acolytes ont remarqué que quatre des six dimensions (dont le couvert forestier) de l’empreinte écologique ne sont pas en déficit. En fait, il y a des améliorations au titre de certaines d’entre elles depuis les années 90 en raison des gains de productivité qui font en sorte que nous pouvons faire plus avec moins. La quasi-totalité du déficit écologique provient des émissions de gaz à effet de serre.

La capacité d'innover

Ces tendances sont importantes pour deux raisons. La première est qu’elles nous informent sur la nature du processus menant l’humanité à un niveau de confort supérieur. Ce n’est pas l’acte de produire davantage qui nous rend riche, mais plutôt l’acte de produire plus avec moins. Il s’agit là de la définition de « productivité ».

La seconde raison est encore plus importante. L’augmentation de la productivité dépend largement de la capacité humaine à innover.

Cela revient à dire que c’est la génération d’idées qui pourra sauver la planète. C’est là qu’on peut apercevoir que l’être humain n’est pas une source de problèmes, mais bien une source de solution.

Les idées constituent un intrant « non rival » : la consommation d’une idée par une personne n’empêche pas autrui d’en profiter. Lorsque la population s’accroît, le nombre d’idées augmente également, or comme les idées sont non rivales, elles bénéficient à toute l’économie.

La production d’idées est motivée, comme la production de n’importe quel autre bien, par le profit. Un inventeur qui trouve une manière d’augmenter l’efficacité énergétique d’un véhicule fera un profit en faisant bénéficier le consommateur de ces épargnes. C’est cette incitation produite par le profit qui génère les gains de productivité décrits plus haut. Ainsi, plus il y a d’êtres humains, plus il y a d’idées et plus il y a de gains de productivité.

PHOTO ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE, FOURNIE PAR CERRO DOMINADOR

Le complexe solaire Cerro Dominador, à Antofagasta, au Chili

C’est pour cela que l’économiste Julian Simon parlait de l’être humain comme étant « l’ultime ressource ». C’est cette ultime ressource qui explique que certains indicateurs environnementaux sont en amélioration dans les pays riches même s’ils continuent de s’enrichir !

La force de cette ressource ultime n’est limitée que par les obstacles que nous mettons à l’innovation. Pour améliorer les indicateurs environnementaux qui sont moins reluisants, la solution la plus prometteuse est d’évaluer et d’éliminer les barrières les plus importantes à la génération d’idées nouvelles. Si le nombre d’êtres humains est trop élevé pour certains, c’est uniquement en raison des obstacles qui prohibent la production et l’échange d’idées qui pourraient améliorer les choses.