Avez-vous déjà eu l’impression que vous perdiez votre temps à attendre au téléphone pour obtenir de simples informations de la part du gouvernement ou d’une grande institution ? Nous avons tous vécu au moins une fois ce genre de situation frustrante. Pour les entrepreneurs, ça fait partie de leur quotidien.

François Vincent François Vincent
Vice-président au Québec de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante

Cette sensation d’impuissance et de perte de temps est bien connue des entrepreneurs : on l’appelle la paperasserie. Le Larousse la définit comme étant une « grande quantité de papiers, d’écritures, considérés comme inutiles ou abusifs ». Pour un entrepreneur, qu’il soit en restauration, dans le commerce au détail, en construction, dans le secteur manufacturier, etc., ce sont des dizaines et des dizaines de règles, des formulaires volumineux, des suivis constants, des renouvellements annuels et dans certains cas trimestriels, des contributions monétaires, etc.

À cela s’ajoutent les nouvelles règles adoptées chaque année par les différents ordres gouvernementaux. En fait, l’entrepreneur n’a pas le droit à l’erreur, il doit constamment être au fait et être conforme, même si cela doit le faire attendre une heure au téléphone pour obtenir une réponse… non complète, comme le démontre notre étude sur la prestation de service de l’Agence de revenu du Canada.

Ce fardeau administratif est lourd à porter, tant pour l’entrepreneur que pour l’économie.

La réglementation représente des coûts annuels de 36,2 milliards de dollars pour les entreprises canadiennes ; 6,9 milliards pour les entreprises du Québec.

Notre économie et celle de nos régions sont caractérisées par la présence de petites et moyennes entreprises, et même de très petites. En effet, la moitié des entreprises ont moins de cinq employés. Pour elles, la paperasserie représente 185 heures par année, soit un peu plus d’un mois de travail ! C’est beaucoup de temps à remplir des formulaires et attendre au téléphone, du temps précieux qui pourrait être consacré à s’occuper de leurs clients et de leurs employés. Ce n’est pas pour rien que près de la moitié des entrepreneurs ne conseilleraient pas à leurs enfants de se lancer en affaires en raison de la paperasserie.

Un enjeu maintenant prioritaire

Il y a 10 ans, on parlait peu du fardeau administratif et réglementaire. Ce n’était pas une grande priorité. La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) a alors décidé d’en faire un cheval de bataille : calculer les coûts de la réglementation et, surtout, créer la Semaine de sensibilisation à la paperasserie pour faire changer les choses. Cette année, la 11e édition se déroule du 20 au 24 janvier.

Le travail de la FCEI a fait une différence. Maintenant, d’un océan à l’autre, réduire le fardeau administratif et réglementaire est une priorité étatique.

On peut donner ici l’exemple du gouvernement du Québec qui fait preuve de leadership sur ce dossier. En décembre dernier, il a dévoilé des objectifs ambitieux de réduction pour son prochain plan d’action 2020-2025 : 

– une diminution de 10 % du nombre de formalités administratives (soit les différentes catégories de formalités, telles que les permis, les rapports ou les registres) ;

– une réduction de 15 % du volume de formalités administratives, ce qui diminuera de 5,4 millions la quantité de documents produits ;

– une baisse de 20 % du coût des formalités administratives, ce qui générera des économies annuelles de 200 millions de dollars pour les entreprises.

Le pouvoir de changer les choses

Pour les gouvernements, adopter des plans, c’est bien, mais les concrétiser c’est encore mieux. Parce que dans le quotidien de l’entrepreneur, la réduction de la paperasserie n’est pas toujours visible. La frustration demeure et le doute persiste sur la possibilité de changer les choses.

John F. Kennedy disait : « Une personne peut faire la différence et toutes les personnes devraient essayer. »

Dans le dossier de l’allègement réglementaire, tous les entrepreneurs québécois peuvent faire une différence. En effet, le gouvernement du Québec tient jusqu’au 28 février une consultation pour l’aider à élaborer son plan d’action 2020-2025. Les entrepreneurs peuvent donc faire part de leurs principaux irritants et proposer leurs pistes de solutions. Voici une occasion à saisir !

Vous êtes entrepreneur et vous trouvez que le fardeau administratif et réglementaire est trop lourd ? Prenez un petit cinq minutes et participez à cette consultation.

Les efforts de la FCEI, des groupes d’affaires et du gouvernement du Québec ont permis de réduire les coûts du fardeau administratif. Mais il est possible de faire plus, il faut faire plus et, ensemble, nous nous en assurerons. Car, en réduisant la paperasserie, nous offrirons plus de temps aux entrepreneurs pour qu’ils puissent s’occuper de leurs clients, leurs employés, leurs fournisseurs et leur famille. En fait, nous leur donnerons plus de temps pour qu’ils puissent faire ce qu’ils font de mieux : dynamiser nos communautés, faire prospérer le Québec et nos régions.