Je souhaite adresser ce papier aux influenceurs. Pas tous les influenceurs. Un certain type. Celui qui par exemple s’inscrit à Occupation double avec en tête de gonfler sa liste d’abonnés sur Instagram et qui capitalisera par la suite sur sa nouvelle notoriété et ses quelque 100 000 abonnés afin de rentabiliser le tout à grands coups de privilèges et de publications commanditées. Ce genre-là.

Murphy Cooper Murphy Cooper
Artiste contextuel

Leurs incohérences, leur éthique douteuse et leurs maladresses sont souvent massivement critiquées, par exemple, récemment, quand Alanis Désilets, ex-candidate d’Occupation double, nous a conviés à faire le plein d’essence chez Esso alors que, quelques mois auparavant, elle s’inquiétait du sort de la planète dans une autre publication.

À l’instar de ses pairs, plutôt que de s’en tenir à reconnaître ses torts et à assumer sa maladresse, elle a choisi de dénoncer l’intimidation dont elle dit être la proie en mettant l’accent sur sa bonne âme et sa sensibilité.

C’est courant chez les influenceurs d’esquiver la critique en cherchant à démontrer qu’ils sont de bonnes personnes au grand cœur, hyper travaillantes et sensibles aux enjeux sociaux.

Je vais donc me permettre de leur offrir quelques conseils. Arrêtez de vouloir faire l’unanimité. On croirait que vous êtes en mode damage control 24 heures sur 24. Personne n’est infaillible. On ne vous en demande pas tant. Vous n’êtes pas de mauvaises personnes parce que vous commettez des erreurs ici et là. Vous débutez, c’est normal. Personne ne vous a formés. Soyez humbles et honnêtes. Assumez.

Arrêtez de résister quand on vous dit que ce que vous faites n’est pas un métier. C’est pas un métier. Occupation double, notamment, c’est un jeu. Pas une profession. Vous êtes payés pour tirer profit des bénéfices et prérogatives qui viennent avec la célébrité. Tapis rouges, publicités, galas, festivals, produits reçus, partenariats, voitures prêtées, week-end au chalet, voyages, activités de plein air, restos, etc.

Ces avantages et à-côtés servent généralement de catalyseurs pour accélérer l’ascension des vedettes grand public vers le sommet, assurer une omniprésence médiatique et gonfler du même coup leur compte en banque. C’est pas un métier. C’est pour certains une corvée, un mal nécessaire, une conséquence de la célébrité.

On ne s’inscrit pas au Conservatoire avec pour but de faire des publicités de margarine. Participer à des quiz télévisés, par exemple, c’est pas non plus un métier. C’est dans plusieurs cas un choix que tu fais (ou pas) pour t’assurer que ta face soit partout pour empêcher que les gens t’oublient en attendant la sortie de ton prochain one man show. Tu le fais pour toi. Tu t’amuses. Avec tes amis du showbiz. Tu te félicites d’être une vedette. Tu le fais pas toujours par nécessité. Pas pour le public. Tu le fais par gourmandise. Par complaisance. Pour jouer la game. Être sur tous les covers de magazines. T’es le seul qui en ressort avec des bénéfices. Ce serait indécent d’appeler cette portion de leur travail « un métier ».

Pas de métier ? Pas grave

C’est pas grave si t’as pas de métier. C’est pas important d’appeler ça un métier ou non. T’as le droit d’être payé pour faire ce que t’aimes. Même si c’est la chose la plus vaniteuse au monde, t’as le droit. Ça t’appartient. Il y a des gens qui sont payés pour jouer à des jeux vidéo sur Twitch et c’est génial. T’as pas à être validé par personne. On est en 2020. Tant mieux pour toi. Prends ton cash pis arrête de pleurnicher. Profite !

Arrêtez de crier à tout vent que « vous travaillez fort ». Tout le monde travaille fort. Quand vous le martelez sans cesse comme ça, c’est comme si vous cherchiez à en faire votre spécificité. Travailler fort n’est pas le propre des influenceurs qui nous garrochent des photos de crème glacée végane. Cessez.

Arrêtez d’insister sur l’impact positif de vos publications quotidiennes sur la vie de vos abonnés. C’est présomptueux. C’est pas à toi de choisir si t’es un modèle ou non. T’es en voyage pis t’as du fun, that’s it.

Concentre tes énergies ailleurs que sur le commentaire de Marie-Julie, 12 ans, qui t’a dit que ton selfie avec les goélands lui a donné envie de voyager.

Arrêtez d’essayer de justifier chacune de vos décisions en vous improvisant au fur et à mesure des intentions vertueuses, on le sait que c’est de la bullshit. Ça sonne toujours furieusement inauthentique. Assumez. Tu voulais faire une passe de cash pis tu t’en fous de ce que pensent les gens parce que t’as pas de compte à rendre à personne ? Fine. C’est déjà plus honnête que quand tu nous fais croire que ta pub pour McDo a sauvé la vie de 3000 personnes aux Philippines.

Arrêtez de contourner la critique en vous servant des commentaires injurieux que vous recevez pour prouver un point et faire taire vos détracteurs. « Je suis une bonne personne et il y a des gens qui m’intimident, donc dossier réglé, désolé tout le monde, j’ai gagné ! » Vous avez 14 ans quand vous faites ça. C’est juvénile et malhonnête.

Si vous souhaitez faire les choses en solo de votre bord sans jamais avoir de comptes à rendre à personne, fair enough. Faites-le. Mais de grâce, arrêtez de chercher l’approbation de tout le monde en offrant un discours hyperfallacieux qui vise à manipuler les émotions à chaque fois que vous vous mettez dans le trouble ou que quelqu’un dit un truc qui vous déplaît. Là, à ce moment-là, peut-être que les gens vont commencer à vous foutre la paix. Vous vous rendez inutilement redevables envers tout le monde quand vous résistez à grands coups de sophismes et de demi-vérités comme vous le faites. Vous vous faites du mal pour rien. Ça pourrait être tellement plus simple.