D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été pro-environnement. Je ne dis pas ça pour m’en convaincre moi-même ni par prétention. Je suis réellement une écologiste dans l’âme. Ça fait partie de mes valeurs. J’en ai même fait ma profession.

Anick Mathieu Anick Mathieu
Biologiste, conseillère en environnement, Québec

Toute jeune, j’ai opté pour un régime sans viande : je suis de la génération d’avant la collecte sélective, celle qui devait aller porter le contenu du bac bleu dans les cloches à récupération (de préférence à pied). J’apporte mes sacs réutilisables depuis plus de 30 ans, soit bien avant qu’on songe à interdire les sacs de plastique. Je privilégie la marche à la voiture (avec ou sans l’air piteux de mon chien), j’achète local et, autant que possible, « not made in China ». Ma bouffe est biologique, je fais mon potager et mon compost et je confectionne mes propres produits. Entre autres. 

J’arrête ici, l’idée n’étant pas de prétendre être la meilleure. Il reste du jeu. Par contre, à la base, je peux considérer faire ma part pour l’environnement. Bon, OK, j’ai ajouté deux nouveaux humains à cette planète déjà surchargée, mais ils ont utilisé des couches lavables, aucune lingette jetable et sont sensibilisés aux douches de cinq minutes. Je suis persuadée qu’ils auront le génie de protéger leur avenir, chose que nous peinons à faire pour eux. Nous leur apprenons donc à tendre vers le zéro déchet. Comme ne pas encourager le suremballage et orienter leurs choix vers des produits au cycle de vie durable. 

L’ensemble de mes décisions me coûte plus cher, mais c’est le pas de plus que je suis prête à faire, celui qui me conforte dans ma conscience environnementale.

Se tourner vers le vrac a donc fait rapidement partie de la solution. Un choix indéniablement logique. Je réalise toutefois que le pas est tout de même plutôt grand, surtout pour le portefeuille.

Lorsque le produit est exactement le même à tous égards à l’exception de l’emballage plastique qui est absent et qu’il coûte presque le double, je me questionne à savoir si je suis seule au combat. Si les options environnementales ne sont pas plus abordables, je crains que la communauté écologique ne croisse pas au rythme d’une réduction planétaire des déchets. L’accès aux choix environnementaux est de plus en plus présent, mais sans l’accessibilité financière, comment en convaincre le consommateur ? Celui-là même qui a le pouvoir d’imposer ce qu’il souhaite : assurément moins d’emballages de toutes sortes. 

Quand j’entends mes collègues et voisins parler des aubaines qu’ils réalisent en achetant en gros des articles 2 pour 1 emballés individuellement, puis ensemble par leur épicier grossiste, et qu’ils ont payé la moitié du prix que j’ai déboursé, je n’éprouve aucun sentiment de jalousie, mais plutôt beaucoup d’inquiétude. Qui renversera la vapeur ? Nous avons entre les mains le même produit, mais en fin de compte, ils auront épargné de l’argent en échange de rebuter quelques kilogrammes de plastique. 

Un moindre mal ? Pas pour moi, qui tente de mettre mon bac à déchets sur le bord de la rue seulement quelques fois dans l’année. Réduire à la source. Je rêve donc au jour où l’environnement fera partie de l’offre pour enfin accrocher le consommateur. Que le bio et le vrac deviennent encore plus abordables. Sinon, puisque l’argent semble être un argument décisionnel massue, j’ai clairement besoin d’un rêve « plan B ». Ce serait donc que le bac de déchets devienne payable au poids. Ouf, la tête des collègues et voisins !