Greta vous ennuie ? Vous ne vous sentez pas l’âme d’un sauveur de banquise et la montée du thermomètre vous laisse froid ? Voici six réponses qui devraient vous convaincre que même en l’absence de changements climatiques, les actions à entreprendre cette année ne seront pas vaines : la société y gagnera à coup sûr, et vous aussi.

Pierre-Olivier Pineau Pierre-Olivier Pineau
Professeur titulaire, chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal

Réduire la congestion

La perte de temps sur les routes est un problème croissant. On le sait depuis longtemps : ajouter des voies et des ponts ne règle rien, au contraire. Tous les efforts faits pour le transport actif, le covoiturage, les transports en commun et le télétravail bénéficient à tous, dont ceux qui restent dans leur véhicule, parce qu’il y aura moins de monde pour les ralentir !

La congestion est improductive, elle fait perdre des milliards à l’économie. Lorsqu’on réduit l’utilisation des véhicules individuels, on ne fait pas que réduire les émissions de GES, on améliore la productivité du transport.

Pollution de l’air

Les cardiologues l’indiquent clairement : la qualité de l’air est une cause de nombreuses maladies du cœur et respiratoires. Les bilans de santé des gens qui habitent le long des autoroutes ont été scientifiquement établis comme moins bons.

Est-ce qu’on veut laisser ces gens dépérir plus vite ? Du simple point de vue des coûts du système de santé, on gagne à réduire la consommation de produits pétroliers, qui sont une des principales sources de la pollution de l’air.

Importations de pétrole

Le Québec importe environ 100 millions de barils par an et les Québécois adorent se plaindre du prix de l’essence. N’est-il pas temps de faire quelque chose contre cette source continuelle de frustration ? Il est absurde de continuer à consommer autant de produits pétroliers quand tant de solutions de rechange existent, en commençant par de plus petites voitures (et en continuant avec les solutions à la congestion, comme nous l’écrivions plus haut).

La balance commerciale du Québec est déficitaire essentiellement à cause de nos importations de pétrole et de gaz naturel. Une gestion conservatrice de notre économie devrait exiger qu’on assainisse notre dépendance aux hydrocarbures.

ILLUSTRATION GETTY IMAGES

« Nous nous enrichirons en résolvant les six enjeux décrits ici », soutient Pierre-Olivier Pineau.

Endettement des ménages

Le deuxième poste d’endettement des ménages est le transport, après le logement. Il est causé par l’achat de véhicules de plus en plus gros et lourds (le poids moyen des véhicules au Québec augmente de 12 kg/an depuis 15 ans).

Les taux d’intérêt sont bas, l’économie va bien. Mais quand une récession va arriver — et beaucoup la voient se pointer d’ici deux à trois ans, ce qui est inévitable avec les cycles économiques —, un grand nombre de ménages vont se retrouver avec des véhicules qui vont coûter plus cher (taux d’intérêt en hausse) et avec moins de revenus (à cause du chômage lié à la récession).

Ces véhicules, qui restent déjà garés 23 heures par jour, vont être des poids économiques qui vont ruiner plusieurs familles. Par simple prévoyance et saine gestion, il est inacceptable de voir autant de ménages s’endetter comme ils le font maintenant pour leurs véhicules.

Obésité

Il y a un accroissement de l’obésité dans nos sociétés — c’est en partie lié à notre mode de vie de plus en plus sédentaire. Réduire l’usage de véhicules et faire du transport actif coûte moins cher, améliore la santé des gens et permet des économies dans le système de santé : moins de maladies chroniques, moins d’accidents. Ça va coûter moins cher à tous en impôts finançant le système de santé et la population entière va mieux vivre.

Protection des écosystèmes

L’étalement urbain est en train de tuer des zones humides et de ronger les terres agricoles. Les villes dégradent des habitats essentiels. Tous les services écosystémiques dont nous bénéficions sont perturbés par la trace sans cesse croissante des humains sur le territoire.

Il faut à tout le moins freiner et arrêter cette croissance de l’étalement urbain — ne serait-ce que pour préserver les terres agricoles. L’UPA est la première à le demander et personne ne peut l’accuser d’être un repaire de militants environnementaux.

En somme, même si vous n’êtes pas écoanxieux, même si les changements climatiques étaient le fruit d’un immense complot de scientifiques en mal de reconnaissance, il y a tellement de cobénéfices à agir pour réduire les émissions de GES – et en tout premier lieu celles liées au transport – que ces actions devraient être des priorités économiques.

Assez rapidement en 2020, le gouvernement Legault va présenter son nouveau plan d’action sur les changements climatiques. S’il est bien ficelé, non seulement nous réduirons nos GES, mais vous gagnerez directement. Que nous soyons les seuls au Canada à agir et même si la Chine continue de construire des centrales au charbon, nous nous enrichirons en résolvant les six enjeux décrits ici.