Il y a un an, nous avons passé la soirée du 24 décembre en compagnie des membres de notre famille. Certains l’ont fait avec leurs familles recomposées ; d’autres se sont réunis, entre amis, dans une auberge ou encore dans un grand hôtel du centre-ville.

Yvon Laprade Yvon Laprade
Journaliste et auteur

Et il y a ceux qui ne sont pas sortis de leur appartement.

* * *

Il y a un an, nous n’avons pas tous fêté Noël de la même manière.

Pour plusieurs, ce fut une soirée festive, avec tout plein de cadeaux sous le sapin qui embaumait la plus grande pièce de la maison. Mais pour d’autres, ce fut une journée de solitude. Sans feux d’artifice. Sans sapin. La boule au cœur. Le cœur lourd.

* * *

Cette fois-ci, nous allons tous fêter Noël autrement.

En confinement. Chacun chez soi. Dans nos bulles familiales.

Par respect pour les médecins et le personnel soignant.

Pour éviter de nouvelles éclosions dans les hôpitaux et les CHSLD.

Parce que nous savons que le « maudit virus » rôde dans les parages.

* * *

Ce sera aussi un Noël techno.

À visage découvert, on va se donner des becs à pincettes via FaceTime.

Par la magie d’internet, on va se dire qu’on a « tellement hâte » que la pandémie finisse pour qu’on puisse enfin se voir en personne.

* * *

On va se mettre sur son trente-six pour avoir l’air du monde devant l’écran d’ordinateur.

On va se laisser prendre au jeu ; on va faire comme si on était assis tous ensemble dans la salle familiale ; on va oublier, momentanément, qu’on ne se trouve pas dans le salon, au coin du feu, à entendre le crépitement du bois dans le foyer de pierres.

ILLUSTRATION JOSÉE LAFORTUNE, FOURNIE PAR L’AUTEUR

On va se dire, au bout d’une heure ou deux, que ces moments privilégiés — même à distance — nous font « tellement de bien à l’âme », nous aident à avancer…

Mais on va tout de même avoir un coup de cafard lorsque les petits, les petites, commenceront à déballer leurs cadeaux, sans qu’on soit là, avec eux, avec elles, pour les voir s’émerveiller ; sans que l’on puisse les aider à assembler les rails du train électrique ; sans que l’on puisse les entendre dire, tout excités : « As-tu vu la locomotive ? Elle a même une lumière blanche en avant pour éclairer son chemin ! »

Ou encore : « Wow ! Grand-maman ! C’est les plus beaux patins de toute ma vie ! »

* * *

Entre la tourtière « maison » achetée chez IGA et le Saint-Émilion acheté à SAQ, nous allons parler du vaccin qui s’en vient ; de la saison de hockey qui reprendra le 13 janvier ; des petits-enfants qui vont « sûrement avoir grandi d’un bon deux pouces et demi » quand on va les revoir au printemps 2021.

* * *

Ce ne sera pas un Noël comme les autres, le 24 décembre au soir.

Nous serons nombreux à avoir les yeux humides et les mains moites au moment du décompte final, peu avant minuit.

Et le cœur va nous serrer davantage quand nous entendrons le traditionnel et émouvant Minuit, chrétiens, qu’on soit croyant ou pas.

Pas de doute, l’heure sera solennelle…

* * *

Parions qu’à cette heure tardive, nous serons nombreux à regarder par la fenêtre du salon, à espérer que Santa Claus arrive avec son traîneau rempli à ras le bord d’étrennes guérisseuses.

Et si le miracle se produisait ?

Et si ce Noël 2020 nous donnait envie d’espérer à un monde meilleur ?

Joyeuses Fêtes !