Tout le monde a souligné l’immense contribution de Claude Castonguay à la société québécoise, notamment comme « père » de l’assurance maladie. Ce géant a été l’acteur central de plusieurs causes importantes de notre histoire contemporaine (régime des rentes, CLSC), mais aussi de causes plus modestes. L’une d’entre elles a été la mise sur pied de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l’UQAM au milieu des années 1990.

Charles-Philippe David Charles-Philippe David
Fondateur et premier titulaire (1996-2016), Chaire Raoul-Dandurand, UQAM

L’action et l’influence de M. Castonguay furent déterminantes dans la fondation de cette Chaire et celle-ci lui en est grandement redevable. Replaçons-nous dans le contexte. Le gouvernement fédéral annonce en février 1994 la fermeture du Collège militaire royal de Saint-Jean. Le tollé que cette annonce suscite amène les intervenants du milieu universitaire à s’interroger sur la pertinence de transformer la vocation du campus de Saint-Jean. Le gouvernement du Québec met sur pied rapidement un comité consultatif de trois personnes (dont M. Castonguay) pour conseiller le gouvernement sur les options possibles.

C’est au printemps de 1994 que je rencontre pour la première fois cet homme à la fois impressionnant et attachant. Je fais partie de l’équipe de relance du Collège, et l’un des projets mis de l’avant et soumis au comité retient leur attention : la création d’une école de relations internationales. Hélas, ce projet, comme plusieurs autres, ne verra pas le jour dans un contexte préréférendaire et budgétaire difficile et face aux difficultés rencontrées avec plusieurs universités, alors récalcitrantes à s’impliquer financièrement dans la mise sur pied d’un projet nouveau.

Mais qu’à cela ne tienne. M. Castonguay ne se décourage pas et se montre un exemple de ténacité et d’engagement.

Il me conseille de présenter mon projet à l’automne à un parterre neutre composé des universités montréalaises. Sa seule présence et son seul appui me valent la tribune exceptionnelle que m’offre alors le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM) pour tenter de gagner l’une d’entre elles à la cause. Et c’est l’UQAM qui, parmi toutes, manifestera un grand intérêt pour tenter de créer en sciences humaines quelque chose de neuf et d’original : la mise sur pied d’une chaire qui soit autofinancée et en mesure de rayonner dans l’espace public. Y parvenir exigera beaucoup de travail, mais nous avons pu compter sur la participation active ainsi que la générosité de M. Castonguay. Il investira sans relâche de son temps et de ses efforts durant toute l’année 1995 pour faire en sorte que le projet devienne réalité, tant par ses judicieux conseils que par l’aide qu’il a apportée à l’université.

Je garde un souvenir ému de nos rencontres, de nos déplacements à Québec et à Ottawa, et des présentations à des entreprises privées et des fondations dont il a su ouvrir les portes pour commencer à constituer ce qui deviendra un financement récurrent de cette nouvelle chaire.

Je me souviendrai toujours de la patience, de la détermination et de la passion de M. Castonguay qui, face à l’adversité et aux complications, se faisait toujours rassurant et convaincant. Ne baissant jamais les bras, il m’enseigna alors les vertus de l’audace.

Quand la Chaire Raoul-Dandurand fut inaugurée en avril 1996, M. Castonguay fut alors nommé premier président de son conseil de direction. Il demeurera en poste pendant cinq ans au cours desquels il va bénévolement prodiguer ses conseils, faciliter notre quête de partenaires, établir des contacts, aplanir les divergences de points de vue régnant au sein de la communauté universitaire, et faire en sorte que les succès immédiats de la Chaire s’avèrent pérennes. Pour l’anecdote, dès les premiers conseils de direction et alors que nous devions préparer des états financiers (plutôt modestes d’ailleurs), c’est M. Castonguay qui nous enseigne comment préparer un budget annuel…

Quand on pense que c’est le père de l’assurance maladie du Québec qui, au printemps 1996, a inculqué à notre petit groupe de jeunes chercheurs et employés la façon de présenter un budget, on se dit qu’on a le droit d’être chanceux ! Sans lui, sans son aide, sans son empathie exceptionnelle, la Chaire Raoul-Dandurand n’aurait jamais vu le jour.

Sa contribution de bâtisseur ne s’est pas limitée à de grandes causes qui ont marqué le Québec moderne, elle s’est étendue à d’autres, plus petites, où son influence fut tellement appréciée. Merci, M. Castonguay, pour ce que vous avez fait pour moi et pour la Chaire. Celle-ci est un peu orpheline aujourd’hui.