Il faudra accorder aux industries du secteur aérospatial une attention toute spéciale lorsqu’elles mettront elles aussi la main à la pâte pour redynamiser l’économie du pays dans un monde post-pandémie. L’avantage, c’est que cela permettra au Canada d’accélérer la mise en œuvre de son plan énergétique vert.

Kimberley Van Vliet Kimberley Van Vliet
Présidente fondatrice de WāVv et membre du Groupe consultatif industriel OTAN

Il s’agit d’un secteur que la pandémie de COVID-19 a frappé durement.

Le secteur du transport aérien a perdu de 85 % à 90 % de ses revenus à cause de la chute brutale du nombre de voyageurs à bord des avions. Vu l’état actuel des choses, on ne s’attend pas à ce que le nombre de kilomètres parcourus par des passagers payants se rétablisse avant 2025. Les répercussions se font sentir dans les aéroports et même chez NAV Canada, notre fournisseur de services de navigation aérienne.

Jamais nous n’avons connu de période de croissance négative aussi longue.

Selon le rapport « État de l’industrie aérospatiale canadienne » publié par le fédéral, ce secteur a contribué en 2019 plus de 25 milliards de dollars au PIB et investi 1,4 milliard en recherche-développement dans l’économie canadienne. Elle se classe au second rang, tout juste après le secteur énergétique et sa contribution de 219 milliards de dollars au PIB et de 1,5 milliard à la recherche-développement.

Soulignons en outre que l’industrie aérospatiale emploie un grand nombre de personnes hautement spécialisées, d’où son importance primordiale pour l’avenir de notre pays.

Son implantation est pancanadienne. Les activités de fabrication se concentrent pour la plupart dans les provinces du Centre, tandis que les régions de l’Ouest et de l’Atlantique accueillent plus de 50 % des activités d’entretien, de réparation et de révision.

Que faire pour sauver l’industrie aérospatiale canadienne de cette dégringolade historique ?

Un rapport préparé récemment par la firme internationale de conseillers en gestion Roland Berger a analysé les répercussions de la COVID-19 sur ce secteur et les solutions à envisager. On y recommande trois pistes d’action susceptibles de l’aider à se relever après la pandémie.

La première consiste à simplifier et à accélérer le traitement des permis d’exportation, ce qui contribuerait à résoudre le problème du manque de transparence et du retard accumulé. La seconde serait d’augmenter les dépenses en défense, ce que le Canada fait déjà dans le cadre de ses projets de navires de combat de surface canadiens et de navires de patrouille extracôtiers et de l’Arctique. La troisième recommandation concerne l’adoption d’avions carboneutres, dotés par exemple des turbopropulseurs verts, ce qui aiderait à consolider les chaînes d’approvisionnement.

L’écotechnologie est un domaine prometteur pour la croissance du secteur aérospatial. Alors que de nombreux pays se tournent aujourd’hui vers les technologies vertes en matière de transport aérien, la demande ne peut que continuer à croître.

Même avant que la pandémie ne sévisse, l’industrie aérospatiale travaillait déjà à réduire ses émissions de gaz à effet de serre. De plus en plus de pressions s’exercent sur le secteur des transports conventionnels (voitures, camions, navires, rail), tout comme sur celui de l’aviation, pour que s’accomplissent des progrès dignes de ce nom dans le dossier climatique.

Le Canada peut tirer profit d’une occasion qui ne se présente qu’une fois par génération, à savoir multiplier ses efforts de lutte contre les changements climatiques et se positionner comme un chef de file international en ce domaine.

Qu’en est-il de notre secteur spatial ?

Les nouvelles le concernant sont bonnes, puisqu’il pourra continuer à miser sur les succès des 20 dernières années. Il s’agit d’un secteur promis à une belle croissance, notamment lorsqu’on pense à la participation du Canada à des projets comme la station spatiale lunaire Gateway, qui mettent en valeur l’expertise du Canada en robotique et dans d’autres domaines connexes.

Par ailleurs, l’espace constitue un excellent champ de recherche susceptible d’engendrer des retombées concrètes ici sur Terre. L’industrie spatiale participe en effet au développement des systèmes GPS et SIG ainsi que des satellites météorologiques, de communication et d’observation de la Terre. Ce sont toutes là des infrastructures qui peuvent avoir d’autres utilités sur notre planète. L’avenir de notre économie dépend donc d’une industrie spatiale solide.

Que faire pour accélérer la croissance tant dans le secteur aéronautique que spatial ? En adoptant une stratégie nationale.

Pour déployer les programmes et politiques nécessaires, il nous faudra travailler de concert. Nous devrons entre autres mettre de côté nos intérêts régionaux et sectaires et maintenir nos niveaux élevés de collaboration et de coopération, non seulement d’un océan à l’autre, mais aussi entre nos industries. Tous les secteurs disposent de technologies qui pourront aider l’industrie aérospatiale à mettre en œuvre un solide plan de relance post-pandémie.

En procédant de cette façon, nous ne ferons pas que soutenir l’ensemble des régions du Canada ; nous protégerons aussi notre chaîne d’approvisionnement et nos entreprises, qu’elles soient petites, moyennes ou grandes.