Comme la plupart d’entre vous, c’est avec horreur que j’ai lu le texte dans le New York Times au sujet de l’entreprise montréalaise PornHub. Chef de file en matière de distribution de contenu pornographique légal, il s’avère qu’elle distribue également du contenu violent, et surtout illégal. On parle entre autres de vidéos d’agression sexuelle sur des mineurs.

Daniel Bernhard Daniel Bernhard
Directeur général des Amis de la radiodiffusion

À Québec comme à Ottawa, les parlementaires se posent des questions sur la réglementation dans le secteur, et à Ottawa le gouvernement promet un projet de loi pour obliger les plateformes numériques à éliminer tout contenu illégal, notamment celui lié à l’exploitation sexuelle.

Mais pourquoi le gouvernement attendrait-il de légiférer pour agir ? Après tout, on parle de contenu déjà illégal au Canada. Le fait que PornHub propose des vidéos avec des images d’agressions sexuelles n’est pas simplement scandaleux : c’est criminel.

Si le gouvernement veut agir, il n’a qu’à composer le 911.

Les plateformes numériques profitent de la perception que l’internet demeure un « Far West », pour reprendre les mots du ministre du Patrimoine, Steven Guilbeault. Mais cette perception n’est rien de plus que le produit des campagnes de communication des géants du web. Dans cette logique, les brutes et les truands sont ceux qui créent le contenu illégal, pendant que les bons sont les YouTube et Facebook de ce monde qui se dégagent de toute responsabilité morale ou criminelle envers le contenu qui se trouve sur leurs plateformes.

C’est tout simplement le monde à l’envers. Le fait que les lois ne sont pas appliquées à ces entreprises est un choix politique, non pas le fruit du hasard.

Selon une analyse1 publiée plus tôt cet automne, les plateformes numériques comme Facebook, YouTube et PornHub sont responsables des contenus illégaux qu’elles publient dès lors qu’elles distribuent le contenu une fois que leurs algorithme ou utilisateurs l’ont signalé comme tel.

Les plateformes ont des mécanismes pour porter plainte et des algorithmes hyperpuissants qui peuvent reconnaître toutes sortes de contenus. Et pourtant, nos parlementaires et nos juges ne trouvent pas le courage d’appliquer la loi.

Pensons-y un instant : ces plateformes ne sont pas que des réceptacles passifs du contenu généré par les utilisateurs, elles sont des produits expressément et intentionnellement construits pour maximiser notre attention, attention qu’elles captent en nous montrant ce que nous voulons voir au moment où nous voulons le voir afin de générer du revenu en nous vendant un maximum de pubs.

Leurs algorithmes prennent donc des millions de décisions éditoriales chaque minute. Si un chef de pupitre ou un éditeur publiait des images d’abus sexuels d’enfants, il finirait en prison dans le temps de le dire. Quand Mark Zuckerberg délègue cette décision à son chef de pupitre algorithmique, il devient un des hommes les plus riches du monde, avec l’appui tacite de nos gouvernements.

Nous vivons dans une société de droit au Canada, pas dans un « Far West » dystopique. La demande ici n’est pas de limiter un quelconque droit à la libre expression, c’est d’empêcher la diffusion d’images d’abus sexuels sur des enfants, des menaces de mort, et d’autres types de contenu illégal.

À Québec, on vient tout juste de déposer un rapport avec des recommandations pour lutter contre l’exploitation sexuelle des mineurs. C’est bien. Mais il existe un geste simple et efficace que pourrait prendre les gouvernements à Ottawa et à Québec : appliquer nos lois aux géants du web.

Appliquer nos lois ne devrait pas être un geste controversé. Chaque journée qui passe où le gouvernement fédéral n’agit pas, c’en est une autre où nous permettons aux géants du web comme Facebook de continuer à distribuer du contenu qui fait un tort irréparable et qui nous fait mal, à notre démocratie, et plus impardonnable encore, à nos enfants.

Le fédéral doit avoir la volonté de se tenir debout et appliquer nos lois aux activités de ces plateformes qui font du profit avec du contenu illégal. Il faut le faire pour protéger nos valeurs, mais surtout, il faut le faire pour protéger nos enfants.

1 https://les-amis.ca/explorer/article/responsabilite-des-plateformes/