« Trudeau était un bouffon dépensier. Il était partisan d’un dirigisme économique et plus on comptait ses années au pouvoir, plus il était étatiste. Il a fallu trois importants premiers ministres – Brian Mulroney, Jean Chrétien et Stephen Harper – et 30 années de sacrifices pour nettoyer le dégât laissé par celui qui aura gouverné le Canada de 1968 à 1984. »

joanne marcotte joanne marcotte
Coauteure du programme électoral de l’Action démocratique du Québec (ADQ) en 2007 et cofondatrice du Réseau Liberté-Québec

Traduction libre d’un article de 2011 du réputé conservateur canadien David Frum, analyste des politiques publiques canadiennes et américaines. On l’aura compris. La citation fait référence à Pierre Elliot Trudeau, père de Justin. Comme quoi le fruit n’est pas tombé loin de l’arbre.

Presque 50 ans plus tard, alors que Trudeau fils arrive à la tête d’un gouvernement libéral en 2015, rappelons que les années Harper se terminent avec un surplus projeté de 1,4 milliard de dollars et un ratio dette/PIB de 31 %, et ce, malgré la profonde récession de 2008.

Fidèle à la philosophie dépensière de son père, Justin n’attend pas la pandémie pour dépenser à son tour.

Inspiré par l’ensemble des courants de gauche, dont certains même risibles, incluant un féminisme caricatural (on se souvient du reproche qu’il faisait à une citoyenne quant à l’usage du terme mankind), le nouveau premier ministre libéralo-npdiste fait passer la dépense gouvernementale par personne de 7727 $ en 2015 à 9066 $ en 2019.

Et ça, c’était avant la pandémie.

Énoncé économique

Avec le dernier énoncé économique, alors là : un déficit annoncé pour 2020-2021 qui s’approche du 400 milliards de dollars et une dette publique qui aura doublé d’ici 2025 ! D’ici là, le ratio dette/PIB approchera les 60 %, une zone dangereuse, selon les économistes, et très proche de celle héritée de Trudeau père. Et ça, c’est sans compter les 70 à 100 milliards de dollars prévus, mais injustifiés et injustifiables, pour une relance économique une fois le virus vaincu.

En effet, n’étions-nous pas, avant cette pandémie, en pénurie de main-d’œuvre ? Sans l’aide du gouvernement, parions qu’après la pandémie, nous y retournerons. De plus n’aurons-nous pas tous le goût lorsque tout ça sera du passé, de s’envoyer littéralement en l’air, de voyager, de fréquenter restaurants, salles de spectacles et autres lieux actuellement proscrits par le code sanitaire du genre humain ?

Le gouvernement du Canada doit-il aider les Canadiens à passer à travers cette pandémie ? Bien sûr. Mais pas tous les Canadiens et pas toutes les entreprises.

Et il est là, le problème. Nous assistons à une reprise en K. Certains secteurs ont profité de la pandémie ou ont repris rapidement de la vigueur une fois déconfinés ; certains autres sont en voie d’en périr. Pourquoi ne pas avoir ciblé ces derniers secteurs ?

Pourquoi avoir, encore une fois, appliqué une redistribution uniforme à des gens ou à des entreprises qui, bien franchement, n’en ont pas besoin ?

Le problème avec les programmes gouvernementaux, ce n’est pas tant qu’ils agissent comme des pansements nécessaires lors de situations critiques non prévues. Le problème est le risque qu’ils deviennent permanents et que nous en devenions dépendants.

À la base, les gouvernements semblent incapables de concocter des aides ciblées plutôt que des programmes répondant à des pressions ou tactiques électoralistes. C’est ce qui arrive avec les programmes sociaux universels non ciblés, avec certains programmes d’aide aux entreprises et avec les directives portant sur la gestion de la pandémie. Tout ça coûte très, très cher… inutilement.

Car n’avons-nous pas appris que si l’on donne à Jean, il faudra donner à Paul ? Écoutez les remontrances : « Si vous donnez aux familles, pourquoi pas aux aînés ? » Il n’y a pas de fin à la demande de fonds publics, au prix d’un endettement et de sacrifices qui devront être faits plus tard. Comment ne pas être cyniques ?

Ajoutez à cela que le gouvernement saisit l’occasion pour se « lâcher lousse » pour une révolution verte, des programmes de garderies et d’assurance médicaments. Beau cocktail électoraliste, mais en réalité, un projet bien réel de réingénierie socioéconomique, orchestré par un État interventionniste et dépensier outre mesure.

Trudeau avait deux choses à faire : revoir les transferts récurrents en santé et apporter une aide ciblée pour les personnes et secteurs troublés par la COVID-19. Il fait tout… sauf ça.

Bref, si les gouvernements se succèdent, l’histoire, elle, se répète. Après des années de gouvernements responsables, des bouffons dépensiers se présentent et font subir aux citoyens les pénibles conséquences de leurs envies les plus folles. Bien décourageant pour les conservateurs fiscaux qui suivront et qui auront à réparer les dégâts au prix d’avoir l’air sans cœur et restrictifs face aux citoyens incapables de ne pas tomber dans le panneau.

Il a fallu 30 ans pour se remettre de Trudeau père. Combien de décennies, cette fois-ci, cela prendra-t-il pour se remettre du fils ?