En réponse au texte de Geneviève Ste-Marie, « Une déferlante de transphobie », publié le 26 novembre

Nadia El-Mabrouk, Christian Sabourin, Stella Mylonakis et François Dugré
Parents des Centres de services scolaires de Montréal, de Marguerite-Bourgeoys et des Patriotes, et 17 autres parents signataires*

Nous voulons réagir aux accusations mensongères tenues dans la lettre de Geneviève Ste-Marie en réplique à notre texte du 19 novembre. Ce texte avait pour objectif d’informer le public sur un enjeu mal connu, celui des « thérapies de conversion » dont traitent deux nouveaux projets de loi (PL-70 et C-6) et pour lesquels notre Collectif de parents a déposé un mémoire.

Dans ce texte, nous demandions aux gouvernements du Québec et du Canada de protéger l’approche prudente préconisant une période d’attente vigilante pour les jeunes ne s’identifiant pas à leur sexe biologique. Comment diable peut-on voir en une telle demande une supposée « déferlante de transphobie » ?

Loin de nous l’idée de dicter aux parents la façon de traiter leurs enfants, comme le suggère la lettre de Geneviève Ste-Marie. Bien au contraire, afin de permettre le meilleur choix qui convienne à chacun, nous demandons aux gouvernements de s’abstenir d’intervenir dans un débat médical sur la meilleure approche pour le traitement de la dysphorie du genre. En effet, comme confirmé par de nombreuses publications scientifiques citées dans notre mémoire, les professionnels de la santé sont très divisés et il n’existe aucun consensus médical sur la question. La transition peut être la meilleure solution pour certains adultes – et nous sommes heureux que ces interventions aient pu contribuer à leur mieux-être – mais préconiser une médicalisation rapide et invasive à l’adolescence peut entraîner de graves préjudices, comme en témoignent de nombreux détransitionneurs.

Faut-il préciser que nos critiques des approches affirmatives ne visent pas les personnes, mais bien l’approche médicale elle-même ? Bien des inconnues demeurent, notamment sur les effets à long terme des bloqueurs de puberté et hormones sexuelles croisées qui accompagnent généralement les approches affirmatives. Il faut savoir que ces médicaments, dont certains ont des effets secondaires importants (risques d’affecter le développement du cerveau, ostéoporose, cancer, stérilité, perte des fonctions sexuelles, etc.), sont prescrits « off-label », autrement dit en dehors de l’usage pour lequel ils ont été homologués.

Une tentative de museler le débat

Par ailleurs, la lettre de Geneviève Ste-Marie mêle de nombreux éléments de notre article afin de nous faire paraître intolérants envers les communautés LGBTQ, et nous accuse même de « vouloir maintenir des pratiques moyenâgeuses pour des enfants ». Cette manœuvre déshonore ceux qui s’y livrent. Des affirmations gratuites sont également énoncées selon lesquelles nous serions « remplis de haine des personnes trans et des enfants trans ». Bien au contraire, c’est l’amour des enfants et le désir de mettre en œuvre tous les moyens pour les soutenir adéquatement et assurer leur bien-être qui nous animent. C’est dire combien nos motivations rejoignent pleinement celles des parents signataires de cette lettre.

Nous nous réjouissons d’entendre diverses opinions sur le sujet. C’est ainsi qu’on peut faire progresser les connaissances. Mais il est inacceptable de vouloir les imposer en ostracisant les parents qui ne les partagent pas et qu’elles soient, de surcroît, accompagnées d’une injonction à La Presse de ne pas publier nos positions. Ces tentatives de nous faire taire portent atteinte à notre liberté d’expression et contredisent l’esprit même du débat démocratique.

Il faut d’ailleurs savoir que certains parents de notre Collectif, ayant des enfants s’identifiant comme transgenre et ayant contribué à la rédaction de notre mémoire, ont préféré ne pas le signer, craignant d’être victimes d’intimidation et de menaces. Cette lettre de Geneviève Ste-Marie est un exemple de plus de l’utilisation ad hominem de l’accusation de « transphobie » pour museler le débat.

Un échange respectueux, ouvert et serein ne serait-il pas souhaitable pour le mieux-être de nos enfants ?

Nous tenons à attirer l’attention des parlementaires sur cette situation qui mine le débat public et qui empêche de prendre les meilleures décisions dans l’intérêt de nos enfants.

*Parents signataires : Mélanie Audet (Centre de services scolaire des Samares), Stéphanie Baron (Centre de services scolaire de Montréal), Marzena Bryjka (Centre de services scolaire Marguerite-Bourgeoys), Cochise Brunet-Trait (Centre de services scolaire des Trois Lacs), Dominique Caron (Commission scolaire de l’Énergie), Philippe Dujardin (Centre de services scolaire de Montréal), Milène Girard (Centre de services scolaire du Lac-St-Jean), Christine Lauzon (Centre de services scolaire de la Vallée-des-Tisserands), Denis LeBlanc (Centre de services scolaire de Rouyn-Noranda), Anne Leduc (Centre de services scolaire Marguerite-Bourgeoys), Yann Ménard (Centre de services scolaire de Montréal), Guillaume Paradis (Centre de services scolaire des Patriotes), Ginette Pelletier (Centre de services scolaire de la Pointe-de-l’Île), Bertrand Plante (Centre de services scolaires des Premières-Seigneuries), Sylvain Plourde (Centre de services scolaire de la Pointe-de-l’Île), Clémence Trilling (Centre de services scolaire de Montréal), Olivia Pelka (Centre de services scolaire des Samares)

Lisez « Identités de genre : des projets de loi aux enjeux cruciaux pour nos enfants »

Lisez « Une déferlante de transphobie »