Votre mobilisation aura fait bouger des montagnes ! Dans ce cas-ci, des chevreuils, car l’indignation citoyenne a vu se transformer l’abattage de 15 chevreuils de Virginie en une relocalisation.

Melissa Mollen Dupuis Melissa Mollen Dupuis
Responsable de la campagne boréale

Quand je pense à ce que des citoyens peuvent faire, je ne peux m’empêcher de tourner mon esprit vers la région de Val-d’Or.

Un rapport scientifique tout chaud en provenance de la communauté algonquine de Lac-Simon, en collaboration avec le biologiste Martin-Hugues St-Laurent, de l’Université de Rimouski, apporte des faits importants en vue de la survie du cheptel de Val-d’Or dont on avait parlé par le passé, car il avait été menacé d’être déplacé complètement de son milieu pour être relogé au zoo de Saint-Félicien. Par chance, cette idée saugrenue a été abandonnée grâce à la mobilisation de la population québécoise, qui s’est indignée face à une solution aussi insensée.

Le troupeau de caribous de Val-d’Or a alors été transporté, par avion, vers un enclos de 1,8 hectare au sud de Val-d’Or en mars dernier, en pleine confusion du début de la crise du coronavirus. Cette mesure devait être une solution à court terme. Huit mois plus tard, les caribous se retrouvent toujours là en attente de meilleures solutions.

Par chance, ils n’ont pas été oubliés ; la communauté de Lac-Simon, des citoyens de Val-d’Or et des représentants de la communauté scientifique se font les porte-parole de ces oubliés de la crise qui, malgré la protection du gouvernement, a perdu un autre de ses représentants au courant de l’été, portant à six les derniers membres du génome spécifique à la harde de Val-d’Or.

Des solutions, pourtant, ils en existent, et la communauté Anishnabe et ses alliés en proposent depuis un très long moment. En 2018, elle a reçu 1,26 million de dollars d’un fonds fédéral, en appui à leurs projets de recherche et de rétablissement de la horde de Val-d’Or, mais les caribous restent encore pris dans leurs enclos.

Pourquoi ne voyons-nous pas de progression quand la communauté Anishnabe, la science et le gouvernement fédéral sont d’accord pour aller de l’avant avec un projet de rétablissement ? Le blocage se fait sur le plan de la gouvernance provinciale, malheureusement, car dans cette situation particulière, on voit s’entremêler encore des problématiques de juridiction entre le fédéral et le provincial : l’un protège les espèces en danger et l’autre gère leur habitat.

Dans ce cas-ci, comme on parle de réaménagement de routes forestières au profit de rétablir l’habitat du caribou, ces permis sont remis par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFFP). Le même ministère qui a délivré les permis pour abattre les chevreuils du parc Michel-Chartrand, à Longueuil. À la suite de la mobilisation citoyenne, un nouveau permis devra être délivré pour établir les modalités du déplacement des chevreuils, qui ont été sauvés in extremis par la population. Notez bien qu’ici on ne parle pas d’un cervidé menacé de disparaître au Canada, contrairement au caribou forestier.

Étonnamment, les mêmes raisons ont motivé la communauté longueuilloise à défendre le chevreuil que celle qui motive la communauté Anishnabe de Lac-Simon : la relation émotionnelle établie. Une relation millénaire motive le devoir de nombreuses nations à chercher à protéger le caribou. Quand on pense que sans lui nos ancêtres n’auraient pas survécu, il n’est pas étonnant de voir les multiples communautés chercher à rendre la pareille. Ce qui sera perdu ne sera plus jamais retrouvé, alors ce que Lac-Simon essaie d’accomplir avec amour et détermination ne devrait pas étonner la population du Sud et fera comprendre son acharnement à répondre à son rôle de gardien du territoire et de tout ce qui y vit.

L’interdépendance entre les êtres vivants, qu’ils soient humains ou non, est une science que porte depuis longtemps les communautés autochtones qui habitent à travers le territoire et ces savoirs font résonner des vérités communes à tous ses habitants.

Vous comprendrez que si 30 chevreuils ne pouvaient pas cohabiter dans un parc urbain de 185 hectares, le caribou de Val-d’Or ne pourra pas survivre dans 1,8 hectare d’enclos au cœur de la forêt boréale. Il aura besoin de toute l’aide que la population pourra lui apporter.

La science, les savoirs ancestraux et toute la motivation à se mettre au travail attendent, tout ce qui bloque, c’est le manque, c’est la motivation politique. Motivons nos politiciens à écouter leurs citoyens. Au moment où le MFFFP modifiera le permis nécessaire à la ville de Longueuil, ne pourrait-il pas aussi signer celui nécessaire au caribou de Val-d’Or ?