2020, 2030 et 2050… Il est de plus en plus difficile de faire abstraction de ces dates à la fois lointaines et imminentes que les gouvernements, organisations et entreprises choisissent pour se fixer des buts à atteindre.

Lucien Lizerot Lucien Lizerot
Étudiant à la maîtrise en science politique à l’Université de Montréal

Aujourd’hui, la plupart d’entre elles sont en lien avec des questions de changements climatiques et de développement international, et jouent le rôle de sablier imaginaire lançant le décompte à partir duquel des politiques et stratégies efficaces devraient être mises en place afin de mitiger les impacts de ces enjeux.

Pourtant, l’histoire nous montre que lorsque le sablier s’est écoulé et que les buts n’ont pas été atteints, il suffit simplement de retourner le sablier et de se fixer une nouvelle date, sans trop se soucier de l’absence de progrès concret.

La plupart du temps, ces dates limites sont choisies de manière arbitraire et stratégique, voulant refléter des engagements et convictions concrets sans pour autant forcer la main de l’acteur en question trop brusquement.

Les « Millenium Development Goals », articulés pour la première fois par l’ONU en 2000, avaient pour but de mettre en place des politiques pour remédier à des problèmes globaux tels que la pauvreté, la faim et l’accès à l’éducation. Depuis 2000, les dates limites n’ont cessé d’être décalées, faute de progrès concrets. Finalement, en 2016, le projet s’est transformé en « 2030 Agenda for Sustainable Development ». Faute d’avancées, donc, un nouveau sablier imaginaire fut établi, avec 2030 comme date d’écoulement. Il ne faut pas être expert en développement international pour deviner qu’il est très probable que 2050 vienne un jour remplacer 2030 dans le nom du projet.

Une absence de responsabilité vis-à-vis de l’électorat

Au Québec, le Plan pour une économie verte dans lequel la province fixe les objectifs environnementaux à atteindre a été dévoilé en novembre 2020. La date limite ? 2030, bien sûr.

Bien que les politiques décrites dans le plan soient concrètes – quoi que jugées insuffisantes par beaucoup –, un des principaux problèmes d’une date lointaine et arbitraire, telle que 2030, est que le gouvernement, aussi bien au Québec qu’ailleurs dans le monde, ne sera plus au pouvoir à ce moment. La mise en place de plans s’étalant sur une dizaine d’années ou plus enlève donc partiellement une responsabilité du gouvernement vis-à-vis des électeurs. Si les objectifs ne sont pas atteints dans 10 ans, le gouvernement actuel n’aura pas à faire face au mécontentement populaire.

Des dates aussi lointaines font en sorte que les objectifs sont souvent sujets à des modifications, voire des abandons, de la part de nouveaux gouvernements succédant aux premiers.

Un manque de volonté

Le choix de dates lointaines reflète donc un manque de volonté généralisé, que ce soit pour les questions environnementales ou de développement international. Comme l’a démontré l’épidémie de COVID-19, même quelques jours de ralentissement d’activités industrielles ont un impact positif important sur la diminution de la pollution.

Les gouvernements et organisations ont les moyens de mettre en place des politiques rapides et concrètes ayant des impacts importants sur le court et moyen terme. La création de sabliers imaginaires prenant 10 ans à s’écouler pour atteindre des objectifs lointains et parfois vagues est donc un choix politique concret, reflétant la plupart du temps une absence de volonté réelle.

Il sera finalement toujours plus facile de retourner le sablier plutôt que de prendre en charge le coût du changement. D’ici quelques semaines, 2030 remplacera donc 2020 dans notre esprit collectif.