Le droit d’être heureux. Voici le leitmotiv qui m’habite depuis 15 ans, alors que j’ai laissé le monde traditionnel des grands cabinets d’avocats pour réinventer la pratique du droit. Aujourd’hui, en observant les remous causés par la pandémie de COVID-19 et les changements qu’elle apporte dans notre mode de vie, je me demande : quelles remises en question faisons-nous réellement quant à la place que le travail occupe dans notre vie ?

Pascale Pageau Pascale Pageau
Mère, avocate, entrepreneure et fondatrice du collectif d’avocats Delegatus

Juste avant la pandémie, l’économie du Québec était florissante, les entreprises rayonnaient et on s’arrachait la main-d’œuvre dans presque tous les secteurs. Mais qu’en était-il de l’être humain ? Épuisement professionnel, longues heures consacrées au travail, âgisme, problème de conciliation travail-famille et nos journées réduites au simple « métro-boulot-dodo » : voilà des sujets qui ont marqué l’actualité des 15 dernières années, sans véritables changements en profondeur.

Sommes-nous enfin rendus à nous demander : ai-je le droit d’être heureux, moi aussi ?

Mère de quatre enfants, j’ai décidé de me lancer en affaires il y a 15 ans, car je ne trouvais pas le modèle d’affaires qui ne me demandait pas de faire de sacrifices dans ma vie personnelle au profit de ma vie professionnelle. Je me demandais : comment pouvons-nous accepter de travailler en empiétant aussi lourdement sur notre bonheur ? Est-ce que réussir dans la vie ne devrait-il pas se conjuguer avec réussir dans SA vie ?

Je crois que le monde du travail vit actuellement une des plus profondes mutations des 60 dernières années. Le télétravail a envoyé certaines personnes volontairement à la campagne, d’autres vivent en noyau familial plus proche et plus uni.

Moins de déplacements, moins de réunions inutiles, moins d’éléments anxiogènes, et plus de temps pour soi et ceux qui nous entourent.

Il est évident que nous ne voulons pas retourner à notre ancienne vie, même si certains souhaitent un « retour à la normale ».

Alors que nous sommes dans une phase où nos valeurs et notre façon de vivre sont ébranlées, il est certainement temps de repenser nos carrières et de redessiner notre avenir. Les gens doivent s’accorder le droit et se donner les moyens de réussir tant leur vie personnelle que leur vie professionnelle, le droit d’avoir du succès sans renoncer à être libres et heureux. Tous ensemble, il faut se donner le courage d’écouter son instinct, cette soif de bonheur et de flexibilité, et qu’ensemble nous changions les choses de façon permanente.

Bien avant la crise actuelle, j’ai choisi le slogan « le droit d’être heureux » pour notre collectif d’avocats, un slogan qui s’applique à nos clients, à nos avocats et à nos employés. Cela se veut évidemment un clin d’œil à la pratique du droit, mais c’est une phrase qui parle d’elle-même : je souhaite sincèrement que chaque personne se l’approprie et que le droit d’être heureux devienne la norme du nouveau normal.

Nous y avons tous droit.