L’auteur s’adresse au premier ministre, François Legault

Félix Bhérer-Magnan Félix Bhérer-Magnan
Étudiant à la maîtrise en affaires publiques, Université Laval

Monsieur Legault, je suis découragé, exaspéré, triste. Depuis le mois de septembre, ma vie est devenue monotone, où les jours se ressemblent drôlement. Comme durant les mois de mars et avril, d’ailleurs.

Mes cours de maîtrise sont devenus virtuels. Mes travaux d’équipe sont devenus virtuels. Les discussions sont devenues virtuelles. Mes contacts sociaux sont devenus virtuels. Mes implications sont devenues virtuelles. Mes rêves le sont devenus aussi. Même ma relation avec mon ordinateur portable est devenue virtuelle. Je suis rendu un pro d’Instagram, de Snapchat et de Facebook. Mon écran est devenu mon avenir.

Mon quotidien se résume ainsi : écran, marche, dodo. Parce que oui, je prends des marches pour faire une pause d’écran. Je prends des marches pour vérifier si la nature est toujours à l’œuvre.

Je connais mon quartier par cœur. Je connais les noms de rue par cœur. Je connais les routines de mes voisins par cœur. J’ai le temps de réfléchir, trop réfléchir même. Il y a des centaines de choses qui s’accumulent dans ma tête, mais sans en sortir. Je me pose beaucoup de questions sur ce qui se passe actuellement : la pandémie.

Comment se fait-il que les jeunes enfants puissent aller à l’école, mais pas nous, les grands ? Comment se fait-il que les grandes surfaces de ce monde comme Costco, Walmart ou Canadian Tire restent ouvertes, mais pas les salles de sport, les salles de spectacle, les restaurants ? Comment se fait-il que des équipes sportives puissent jouer en respectant une bulle, mais pas les sports étudiants ? Sommes-nous confinés pour nous protéger du virus ou pour protéger notre système de santé ?

Ceci n’est qu’un aperçu des questions que je me pose. C’est peut-être juste mon anxiété de jeune adulte me direz-vous. Je me rassure en me disant que 46 % des Montréalais âgés entre 18 à 24 ans affirment ressentir des symptômes d’anxiété et de dépression, tout comme les jeunes à l’extérieur de Montréal sans doute. La santé mentale est aussi importante que la santé physique, mais j’ai peine à penser que c’est la vérité. Ma propre santé mentale s’est détériorée depuis quelques mois. La pandémie a exacerbé mon problème, mais j’ai la chance d’être suivi, moi, contrairement à d’autres…

Comprenez-moi bien, je ne remets pas en question la virulence du virus et les décès qu’il provoque. Je tente simplement de vous sensibiliser aux conséquences de vos décisions et de vous demander quelques exutoires.

La soupape qui aidait ma santé mentale, je ne l’ai plus. Je ne peux plus voir mes amis, je ne peux plus aller à l’université, je ne peux plus m’impliquer « en présentiel », je ne peux plus aller au restaurant, au cinéma ou simplement me divertir devant une pièce de théâtre québécoise. Ça commence à être dur, très dur.

En plus, je constate que nous aurons un déficit de 15 milliards en 2020-2021 au Québec. Il faudra assurément quelques années pour revenir à l’équilibre budgétaire.

Les blessures de cette pandémie prendront des années à guérir au Québec, peut-être comme la santé mentale de plusieurs Québécois et Québécoises.

Je vous partage un souhait en terminant : j’aimerais que vous considériez la possibilité de nous consulter, nous les jeunes, avant de prendre des décisions qui toucheront l’avenir, notre avenir. Parce que c’est nous, en fin de compte, qui vivrons avec ces blessures. Notre société ne sera plus jamais la même. Je crois bien que ce serait la moindre des choses d’être entendu.

Mais pour l’instant, je retourne en ligne. J’ai un cours. Après, je vais aller sur Facebook voir si je n’ai pas manqué quelque chose, puis je vais aller prendre une marche.