Plus de deux semaines après les présidentielles américaines, Donald Trump reste sur ses positions – l’élection était frauduleuse et pas question de concéder la victoire. Pendant ce temps, le président désigné Joe Biden et la vice-présidente désignée Kamala Harris poursuivent leurs démarches en vue de la prestation de serment du 20 janvier à midi.

John Parisella John Parisella
Professeur invité au CERIUM, ancien délégué général du Québec (New York et Washington) et conseiller spécial chez National

La victoire de Biden et Harris au terme du scrutin du 3 novembre a fracassé tous les records. Plus de 79 millions d’électeurs ont choisi le tandem démocrate contre plus de 73 millions pour le président Trump et le Parti républicain.

Au collège électoral, Joe Biden se dirige vers un gain de 306 grands électeurs contre 232 pour le président sortant. Ironie du sort, c’est exactement le même score que Trump avait obtenu contre Hillary Clinton en 2016. « Un raz-de-marée », avait-il dit à l’époque.

Depuis, non seulement Trump refuse de s’avouer vaincu, mais il n’offre aucune coopération dans la transition nécessaire à la passation des pouvoirs.

De plus, lui et son organisation politique multiplient les procédures devant les tribunaux et exigent de nouveaux dépouillements dans certains États, espérant renverser les résultats. Tout cela, même si le département de la Sécurité intérieure des États-Unis a assuré de l’intégrité de l’élection, la qualifiant de « plus sûre de l’histoire ».

Fait à noter : la concession d’un président sortant n’est pas un prérequis à la confirmation de la victoire de son successeur.

Trump, « président en exil » ?

Malgré son style de gouvernance imprévisible et conflictuel, le président Trump compte tout de même à son actif des accomplissements qui contribueront à son héritage.

La nomination de trois juges conservateurs à la Cour suprême, la réforme fiscale, une performance record des marchés boursiers et des avancées au Moyen-Orient relativement à Israël et ses voisins arabes figurent parmi ses réussites.

Une fois qu’il aura quitté la Maison-Blanche, on peut se demander ce que fera Trump : d’abord, en bon joueur, assistera-t-il à l’inauguration de Joe Biden le 20 janvier ? Jouera-t-il ensuite le rôle traditionnel d’un ancien président, parfois effacé, mais toujours au service de l’État ? On peut en douter…

On pourrait davantage prévoir qu’il s’attribue le rôle de « président en exil », se disant victime de « vol électoral » l’ayant empêché de remporter un deuxième mandat.

Il pourrait aussi continuer de se faire le porte-parole de ses nombreux électeurs (sa fameuse base) et exercer une influence constante sur le Parti républicain.

Après tout, Donald Trump va garder le titre de « président » le restant de ses jours, en plus de maintenir ses millions d’abonnés sur son compte Twitter… L’avenir nous le dira bien assez tôt…

Reste que compte tenu des enjeux en matière de sécurité nationale et dans la gestion de la pandémie, notamment un feu vert imminent à des vaccins contre la COVID-19, on peut s’attendre à d’éventuels pourparlers entre les clans Trump et Biden d’ici le 20 janvier. La nature et l’étendue de ces discussions seront à surveiller. Là aussi, on verra…

Se préparer pour Biden

La confirmation de Joe Biden au titre de président désigné a immédiatement eu des échos sur le plan mondial. Le premier ministre Justin Trudeau fut le premier dirigeant étranger à le féliciter. D’autres félicitations sont venues d’Emmanuel Macron de la France, de Boris Johnson du Royaume-Uni, du président Xi de la Chine et, tout récemment, du premier ministre Benyamin Nétanyahou d’Israël. Bref, sur la scène internationale, tout indique qu’on se prépare au changement de leadership américain.

Au Canada, on a aussi intérêt à se préparer en conséquence. On le sait, les relations avec l’administration Trump n’ont pas été faciles… Les négociations pour remplacer l’ALENA furent ardues, même si finalement elles ont abouti à la signature d’une nouvelle entente (ACEUM) et sa mise en application le 1er juillet dernier.

Le récent conflit sur les tarifs américains imposés sur des produits d’aluminium canadiens en août dernier démontre la fragilité de la relation canado-américaine. On peut cependant s’attendre à une approche plus cordiale et moins intempestive entre le Canada et les États-Unis sous l’administration Biden.

Et, faits non négligeables : le président désigné connaît bien le Canada et sa vice-présidente désignée a fait des études secondaires à Montréal, au moment où sa mère menait des travaux de recherche à l’Université McGill et à l’Hôpital général juif.

On peut même espérer que le futur président Biden suivra les traces de certains de ses prédécesseurs et choisira le Canada pour effectuer son tout premier voyage à l’international.

Mais attention : il suffit de jeter un regard attentif au programme économique de Joe Biden pour entrevoir de nombreux défis pour le Canada. L’éventuelle annulation du projet de pipeline Keystone viendra en tête de liste et aura des conséquences sur l’industrie pétrolière de l’Alberta.

Le programme « Buy America » du président désigné Biden, qui s’appliquera en grande partie aux projets d’infrastructure, pourrait aussi faire du tort aux entreprises canadiennes qui font des affaires sur le marché américain.

L’ancien premier ministre Brian Mulroney a toujours prétendu que les deux grandes priorités d’un gouvernement canadien sont l’unité nationale et la bonne gestion des relations avec notre voisin du Sud. Le coup de fil de félicitations de M. Trudeau et l’invitation cette semaine des parlementaires canadiens au futur président Biden à venir prendre la parole au Parlement sont de bon augure.